DEUXIÈME PARTIE
ratifs appliqués avec suite. Le fou qui désobéissait était puni de la prison ; celui qui se fâchait était battu ; le battu qui entrait en fureur et se révoltait était revêtu de la camisole de force, ou bien on le plaçait horizontalement dans une caisse en forme de cercueil qui laissait seulement sortir la tête, ou bien encore on l'assujettissait verticalement à l'aide d'un corset de fer scellé au mur, de gants de cuir dur qui empêchaient la flexion des doigts, et de planches qui serraient les pieds. Lorsque le malade était resté plusieurs heures dans cette cruelle position, si l'accès continuait, on le garrottait et on le jetait à un troisième étage sous les plombs. Là, ces malheureux étaient confiés à la garde d'un aliéné, et vivaient comme des porcs sur leur fumier, rongés parla vermine, en proie à toutes les tortures de la soif et de la faim.
Le charlatanisme avait fait la réputation de cette maison, le mensonge la soutenait. Si, par hasard, un étranger ou un inspecteur survenait, la comédie commençait.
Le portier allait chercher le démonstrateur qui se faisait longtemps attendre, ce qui permettait de mettre quelque semblant d'ordre dans le désordre ; ce démonstrateur s'arrêtait longuement dans le vestibule, décrivant chaque statue , chaque buste, chaque inscription, comme le custode d'un musée. Quand, impatienté, vous désiriez passer plus avant, chacun était à son poste. Les gardiens parlaient à l'envi philanthropie et charité chrétienne ; les seuls remèdes qu'ils employaient étaient, à de rares exceptions près, des remèdes moraux tels que la danse, la
musique, l'occupation, les distractions et raremeotla répression. Puis des aliénés des deux sexes, portant un uniforme bleu galonné d'argent, défilaient devant vous ; des fous mélomane* vous donnaient un concert et des amateurs de danse un ballet. D'autres se baignaient, d'autres jouaient au billard ou à la paume. Vous passiez dans la bibliothèque, il y avait des fous lecteurs ; la chapelle était remplie de fous en prière; l'enfer s'était transformé en paradis ; mais on assure que beaucoup de ces fous n'étaient là que pour la montre et n'avaient jamais perdu leur bon sens.
Un spirituel auteur résolut d'édifier le public sur la honteuse comédie qui se jouait à la maison hospitalière d'Aversa. 11 le fit dans une pièce satirique qui a pour titre : le Fou par force.
Le signore Pulcinella, directeur d'une maison de
fous, arrive en colère ; ses pensionnaires ont trop bon appétit.
« — C'est bon, s'écrie-t-il, dorénavant nous donnerons à ces messieurs des pommes de terre et des œufs durs à leurs repas ; ces maudits fous mangent comme des ogres ; aujourd'hui, ils n'étaient que huit à table et ils ont dévoré douze rotolos (vingt livres) de macaroni sans compter les morceaux délicats ; mais à l'avenir... »
Le monologue de Pulcinella est interrompu par l'arrivée d'un noble personnage, vêtu de noir, qui le salue jusqu'à terre.
« — Que demandez-vous? lui dit le directeur.
« — L'illustre docteur Pulcinella, cet homme unique pour le traitement des fous...