‹ Le monde des prisonsChapitre 118 sur 171 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« — Au revoir, docteur Pulcinella.»

Le docteur Pulcinella, resté seul, se félicite de l'acquisition d'un nouveau pensionnaire. « — Ce seigneur Scaramouche est vraiment généreux, je lui ai demandé 50 ducats et il n'a pas marchandé ; mon prix ordinaire est de 30, je suis fâché de ne pas lui en avoir demandé 100. »

Bientôt Scaramouche revient avec sa dupe ; c'est un joaillier de la rue de Tolède, qui lui a vendu pour 5,000 ducats de bijouterie. La caisse qui contient les bijoux est dans une voiture laissée à la porte, et le joaillier en vient toucher le prix chez le soi-disant notaire de Scaramouche.

« — Je ne connais pas ce notaire, dit le joaillier en entrant.

« — Il est nouvellement établi.

« — Il a une superbe maison pour un débutant.

« — C'est qu'il a épousé une riche héritière, et puis, vous savez qu'à Naples, les gens de loi remplissent vite leurs poches.

« — A qui le dites- vous?

« — Ah ! dans ce pays-ci, les gens honnêtes sont rares. Il y a des coquins d'une adresse et d'une audace...

« — Ils vous déroberaient les semelles de vos souliers tandis que vous marchez, et cela sans que vous vous en doutiez. Tenez, monsieur Flavio, vous débutez dans le commerce, eh bien, soyez sur vos gardes, car celui que vous croyez le plus honnête homme du monde peut vous tromper. »

Sur ces entrefaites, le prétendu notaire arrive ; les choses se passent comme le docteur et Scaramouche

en sont convenus. Le marchand, resté seul dans le salon, s'impatiente et trouve le temps long. Arrive un fou qui lui raconte que la veille on lui a fait manger pour son souper un courrier bouilli avec ses bottes fortes ; ce fou l'appelle âne, le prend à la gorge et fait mine de vouloir l'étrangler. Flavio appelle et se défend comme un lion. Le docteur Pulcinella accourt, les voit aux prises elles bàtonne Tun et l'autre. Flavio s'indigne.

« — Qu'est-ce à dire, monsieur le notaire ? Vous me rendrez raison de cette insulte.

« — Je ne suis pas notaire.

« — Qui êtes-vous donc ?

« — Le médecin des fous.

« — Allez au diable ! vous me rendriez fou avec vos folies.

« — Vous Tètes déjà.

« — L'insolent ! Mais où est M. Scaramouche?Mon argent est-il prêt? Lacté est-il dressé?... Vous riez... pourquoi riez-vous? Prends garde à toi, misérable... je ne respecte que ceux qui me respectent.

« — Mon ami, de la patience, ici il faut savoir se supporter mutuellement.

« — Je ne veux rien supporter... Je veux mon argent pour m'en aller.

« — Vous ne partirez pas de sitôt.

« — C'est ce que nous allons voir. »

Flavio sort, et rentre aussitôt en fureur :

« — Gomment, les portes sont fermées, et Scaramouche n'est plus ici. Voudriez-vous m'escroquer, par hasard ? Ah ! misérable ! Ah ! fripon !

a — Mon ami, calmez-vous, je vous en conjure,

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