‹ Le monde des prisonsChapitre 119 sur 171 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ou bien... — Il lui montre un bâton. — Mais, avec vous, je ne voudrais employer que la douceur.

« — De la douceur ! Ah ! brigand !

« — Si la douceur ne réussit pas, nous aurons recours aux bains froids et aux coups de bâton ; si cela est insuffisant et que vous fassiez le méchant, nous avons de bonnes prisons et des chaînes de fer.

« — Mais, encore une fois, je ne suis pas fou; laissez-moi sortir sur-le-champ... Ah ! je le vois ! je suis volé, je suis égorgé... Au voleur !.. à l'assassin !

« — Pas tant de bruit, tenez-vous en repos, ou bien...

« — De quel droit me retenez-vous ? Vous êtes donc d'accord avec le voleur? Laissez-moi partir, ou, par la Madona ! je te ferai payer cher le vol que tu me fais, misérable ; allons, marchons. — Il lui prend le bras et l'entraîne vers la porte.

« — Ah ! coquin, baisse la tête et respecte-moi. »

Et Pulcinella lui assène quelques coups de son gros bâton sur la tête.

« — Tu oses me frapper, attends ! — Flavio saisit un fauteuil et poursuit Pulcinella; celui-ci, tout en jouant vigoureusement du bâton, appelle les gardiens qui accourent et se jettent sur Flavio.

Pulcinella, aux gardiens :

« — D'abord un bain froid, des douches glacées sur la tête, et puis, s'il continue à se débattre, la prison.

« — Mais, par saint Janvier, je ne suis pas fou ! Je suis le joaillier Flavio.

« — Tu es joaillier, c'est à merveille; alors, tu

nous diras si nos petites chaînes sont solides, ainsi que nos petits colliers. *

Dans les scènes suivantes, plusieurs fous, un médecin, un avocat, un militaire» un maître de chapelle et un philosophe sont aux prises et tiennent les discours les plus saugrenus.

Pulcinella bâtonne, tour à tour, le philosophe, le militaire, l'avocat, le médecin, le musicien ; et, quand ceux-ci sont à peu près éreintés, il se félicite du succès de sa méthode curative. Plavio, que le bain et les douches ont calmé, le voyant de bonne humeur, l'aborde d'un air grave et essaie encore une fois de le persuader.

« — Envoyez quelqu'un de confiance à mon magasin de la rue de Tolède et vous serez convaincu que je vous dis la vérité.

« — Chaque fou en dit autant ; ne me rompez pas la tête de ces fadaises, ou gare l'eau froide !

« - Vous ne voulez donc envoyer personne ?

« — Non.

« — Vous ne me croyez donc pas ?

« — Non.

v — Mais, au moins, écoutez mes raisons.

« — Je n'écoute rien.

« — Ah ! misérable !...

« — Encore ! »

Et Pulcinella applique à Flavio, qui le menaçait du poing, une terrible volée de coups de bâton et le laisse tout étourdi sur la place. Le pauvre diable, qui se voit battu, volé, et qui court le risque d'être ruiné, car ce jour-là est un jour d'échéances, et l'on va croire, en ne le trouvant pas chez lui, qu'il se sera

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