‹ Le monde des prisonsChapitre 120 sur 171 · DEUXIEME PARTIE *5â · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE *5â

enfui, ne sait plus à quel saint se vouer; il a voulu faire un coup de tête, il a essayé la persuasion, tout a été inutile. Il s'abandonne un moment au désespoir, mais bientôt il reprend courage.

FJavio a remarqué que Pulcinella avait des pistolets; il se glisse dans sa chambre, s'en empare, et, profitant d'un moment où les gardiens font la sieste, il les enferme chacun dans sa cellule ; puis il appelle ses nouveaux compagnons, caresse la folie de chacun d'eux et les endoctrine de son mieux.

« — Vous n'avez tous, leur dit-il, qu'un ennemi qui vous persécute, c'est l'infâme Pulcinella ; mais, si vous voulez suivre mes conseils, nous mettrons le vieux coquin à la raison. »

Dans ce moment, le docteur, qui les voit rassemblés, s'approche en tapinois avec son gros bâton. Flavio le somme de lui rendre la liberté ? Pulcinella fronce le sourcil et le menace du bâton.

« — Ton bâton, je n'en ai plus peur. »

Et Flavio lui montre ses pistolets. A cette vue, Pulcinella change de couleur et appelle ses aides.

« — Tes aides sont mes prisonniers, et Flavio lui montre les clefs de leurs chambres.

« — Voici le plus méchant fou que j'aie jamais vu », s'écrie Pulcinella furieux, mais obligé de se contenir, car les pistolets sont toujours tournés de son côté; il sent la nécessité de parlementer, fait le bon enfant, prend un ton câlin et supplie son ami Flavio de lui rendre ses pistolets.

« — Ah! misérable, tu me prends donc encore pour un fou ?

« — Oh ! non pas.

c — Alors, tu me prends pour un enfant ?

« — Pas davantage. Mais, mon bon Flavio, vous ne voulez donc pas être mon ami ?

« — Non.

« — Vous ne voulez donc pas m'écouter ?

« — Non.

« — Vous ne craignez donc pas de pousser à bout ma patience ?

« — Ah 1 tu raisonnes, tu oses menacer... A moi, compagnons. » Tous les fous accourent. « Saisissezmoi ce vieux scélérat. »

Pulcinella veut se défendre; mais, à la vue des pistolets que Flavio lui met sous le nez, il s'apaise et demande grâce.

« — Point de grâce ; de l'eau froide et des coups de bâton. » On le met sous la pompe et on le bâtonne.

« — Grâce, grâce 1 seigneur Flavio... Mes amis, épargnez-moi ! »

Mais les fous sont sourds à ses prières, et s'écrient en chœur :

« — De l'eau froide et des coups de bâton . »

Les douches et la bastonnade vont leur train, et Pulcinella est sur le point de succomber au traitement que lui administrent ses malades, quand arrivent des soldats, qui viennent de saisir Scaramouche, aux trousses duquel la police était depuis longtemps. Pulcinella, après avoir été battu, bafoué, est obligé de payer des dommages au marchand, dont les billets ont été protestés.

C'est triste à avouer, mais nos prisons — en France, nous en avons 382, et Je budget de ce département

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