DEUXIÈME PARTIE
Eh bien I non, tous les détenus ne sont pas des canailles. J'ai des lettres, des aveux, par centaines, à travers lesquelles on lit le regret, le désir de revenir au bien. Ce qui manque à ces malheureux, c'eét la main qui relève. Est-ce une canaille, le détenu qui m'a écrit ces deux lettres ?
« La Roquette, le' février 1884.
« Monsieur l'aumônier,
« Excusez la liberté que je prends de vous écrire, c'est d'après ce que j'ai le plaisir d'entendre, les dimanches, en vous écoutant nous donner des conseils, comme un père à ses enfants. Je sens mon âme renaître à la vie honnête que je goûtais avant d'être enfermé dans cette prison.
« Je veux rentrer dans le droit chemin d'où j'ai eu le malheur de m'égarer un instant. J'en aurai le courage, soyez-en sûr. Si j'ai volé, chose bien triste à dire, c'est la misère. Je n'avais plus de parents et personne pour me secourir. J'ai un regret mortel de ma faute ; vos bonnes paroles ne sont pas perdues pour moi. Ma seule idée est de reprendre du service et d'aller réparer ma faute au chemin de l'honneur et de la gloire.
« Je compte beaucoup, mon cher aumônier, sur votre bonne indulgence, et dans l'espoir que vous m'accorderez un petit entretien.
« Je suis votre fidèle et respectueux serviteur. »
L'été dernier, je recevais de cet homme la lettre suivante :
« Kélung, 7 mai 1885.
« Monsieur l'abbé,
« Il est probable que vous ne vous souvenez plus du signataire de cette lettre. Au mois de février 1884, j'eus à la fois l'avantage et le malheur de faire votre connaissance à la prison de la Roquette. Vous me rendîtes service, ma peine expirée, et vous me fites promettre de ne plus revenir vous voir en pareil endroit; je vous le jurai.
« J'ai tenu parole, vous le voyez. Ne pouvant me procurer du travail, grâce aux lacunes existant dans les dates de nies certificats — lacunes qu'il m'aurait été difficile de combler par des mensonges, — je résolus de quitter Paris en reprenant du service.
« Je vous dois beaucoup d'excuses de ne pas vous avoir envoyé un petit mot ; mais je suis arrivé en Algérie, à la Légion étrangère, dans un moment où l'on ne restait guère en place ; jugez-en : en neuf mois j'ai vu huit garnisons et en décembre je quittai l'Algérie pour Formose.
« Je ne vous parle pas des faits d'armes accomplis ici, les journaux vous ont renseigné. Je ne vous parle pas non plus des quelques souffrances éprouvées dans une saison de pluies interminables ; je vous donne ma parole que si j'ai souffert physiquement plus qu'en prison, mon moral a été excellent et bien meilleur qu'à la Roquette. Lorsque ma section