‹ Le monde des prisonsChapitre 123 sur 171 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

— 50 hommes — a pris un fort retranché, le fort de là Table, à la baïonnette, ceux qui nous soutenaient criaient : «Bravo ! la 4* ! » Mon cœur battait de plaisir ; les balles à ce moment, au lieu de me faire incliner la tête me la faisaient redresser et tous nous criions : « Vive la France ! »

« Je m'arrête, monsieur l'abbé, je désirais seulement me rappeler à votre bon souvenir. Vous allez cependant trouver ma lettre intéressée ; car j'ai une demande à vous adresser :

« Vous lisez le journal ; quand vous l'avez lu, il est probable que vous ne le conservez pas. Eh bien ! je vous serais infiniment reconnaissant de vouloir bien vous en défaire en ma faveur ; cela ne vous coûtera que la peine de le mettre sous bande (inutile d'affranchir), et vous me ferez un véritable plaisir; nous sommes ici privés de toute lecture.

« Veuillez croire à mon profond respect et à ma reconnaissance.

Sont-ce des canailles les détenus qui m'ont écrit ces lettres ?

a Paris, i7 juin 187..

« Monsieur l'aumônier,

« Permettez-moi de vous remercier des démarches que vous avez bien voulu faire en ma faveur. Sur votre recommandation, j'ai obtenu un sursis de départ

d'un mois, et M. H... m'a dit d'aller le voir ayant l'expiration de mon sursis.

« J'ai donc été mis en liberté le 12 juin vers midi, et le lendemain je me suis dirigé vers la prison pour vous remercier de vive voix et vous exprimer mes sentiments de profonde gratitude.

« Aussitôt ma sortie, je suis retourné à mon ancien domicile, où j'ai été assez heureux pour trouver une chambre modeste, il est vrai, mais en rapport avec mes modiques ressources.

« Je suis sorti avec 22 fr. 30 de masse. Aussitôt après, j'ai cherché à me caser et je suis allé voir M. R...Là une triste déception m'attendait, M. R. avait son personnel au complet et il m'a dit assez franchement qu'après avoir subi une condamnation, il lui était difficile de me reprendre.

« Ainsi à peine sorti, déjà l'on me jette cette chose aussi brutalement au visage ; autant me dire :

« — Vous avez commis une faute, il est impossible de la réparer », et cela vient de la part d'un homme que je respectais et en qui j'espérais beaucoup.

« Je sortis de chez lui humilié, mais non abattu. Je me remis en quête et fis bien des patrons, bien des maisons; partout j'échouai ; enfin le lendemain, je trouvai du travail, 11, rue S..., un quartier où je suis inconnu, et le vendredi matin je me mis au travail.

« Je gagne peu, mais cela me suffit, je gagne 2 fr.25 en moyenne et je touche tous les jours 1 fr. 50 comme avance, le reste m'est payé deux fois par mois, le 3 et le 18. Je ne travaille, il est vrai, que jusqu'à midi; ce travail est bien humble, monsieur l'aumônier, car c'est dans une succursale de la Générale,

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