‹ Le monde des prisonsChapitre 125 sur 171 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

«Paris, 5 novembre 188..

« Monsieur l'aumônier de la Roquette,

« Un malheureux réclusionnaire a l'honneur de solliciter de votre bienveillance la faveur d'un instant d'entretien.

« Il vous remercie sincèrement, monsieur l'aumônier, des bonnes et consolantes paroles que vous avez prononcées dans vos deux sermons et qui lui ont fait verser des larmes bien douces le soir quand, seul dans sa cellule, il a fait un retour sur le passé.

« En attendant le plaisir de vous voir,

« Recevez, monsieur l'aumônier, l'assurance de mon profond respect.

« Atelier des boutons. »

«Paris, mai 187..

<« Monsieur l'aumônier,

« Depuis longtemps j'ai un désir ardent de vous écrire pour vous demander une audience ; j'ai toujours retardé jusqu-'à ce jour;-car j'ai honte de mes méfaits; déplus, je crains de me troubler et de ne plus savoir vous expliquer ma situation qui est cependant bien triste. C'est pourquoi, monsieur l'aumônier, je prends la liberté de vous écrire aussi longuement, vous priant de me pardonner.

« Je suis d'une famille très honorable et très esti-

mée. Mes parents m'ont fait donner une bonne instruction primaire; à l'âge de douze ans, ils me mirent en apprentissage ; à l'âge de vingt ans, le sort me fît soldat pour cinq ans; je quittai le régiment en 18... J'emportais l'estime et la satisfaction de mes chefs, ce qui me fit admettre dans la garde républicaine en 48... J'y passai quatre ans, très heureux, trop heureux peut-être, car je ne pensais pas aux malheurs qui devaient me frapper par ma faute.

« J'ai voulu vivre à ma guise, être mon maître ; c'est pourquoi je donnai ma démission de garde au mois de septembre 18...; j'avais l'intention de faire une demande pour entrer dans les gardiens de la paix, où je croyais être mieux et plus libre, mais ce fut au contraire le commencement de mon malheur. Ayant quelques pièces de cinq francs dans ma poche, je ne pensais pas en voir la fin.

« Je ne fis pas ma demande de suite à la préfecture, je vécus dans l'oisiveté avec des amis qui me quittèrent quand je n'eus plus le sou. Sur ces entrefaites, je fus atteint d'une maladie honteuse qui m'empêcha de faire ma demande à la préfecture de police, car pour être admis parmi les gardiens de la paix, il faut passer à la visite du médecin. Je me soignai moi-même d'après les prescriptions d'un pharmacien; puis j'eus recours à mes parents, qui voulurent bien me prêter 250 fr., en leur cachant cette maladie. Cet argent ne suffît pas à ma guérison ; j'entrai à l'hôpital, j'en sortis guéri ; mais sans asile, sans argent.

« Avoir recours encore à mes parents, cela me coûtait beaucoup ; mais je le fis cependant en leur envoyant une lettre et un télégramme; mais ils res-

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