DEUXIÈME PARTIE
expérimentés. Ces systèmes ont donné quelques bons résultats. La société les trouve aujourd'hui insuffisants. A l'heure actuelle, elle presse le gouvernement de trouver autre chose pour la délivrer des voleurs et des assassins. Le gouvernement a promulgué une loi sur les récidivistes, dont il attend merveille. Des projets de règlements intérieurs, dus à l'initiative de M. Herbette, sont à l'étude.
Arrivera-t-on à diminuer le nombre des criminels? à refaire à ceux qui ne sont pas incurables un tempérament honnête ? à leur retrouver une place dans la société ?
Oui, mais à la condition de prendre les bons moyens.
Le gouvernement a en mains tous les éléments de succès. Ce qui lui manque, c'est de savoir les utiliser. La réforme pénitentiaire est encore dans la période des essais et des tâtonnements, dont il faut dire : sunt bona, sunt mal a, sunt pessima, parce que nous manquons d'hommes, à tous les degrés, qui sachent l'appliquer avec zèle et intelligence.
Les six congrès pénitentiaires internationaux de Francfort, 1845; de Bruxelles, 1846; de Francfort, 1857; de Londres, 1872; de Stockholm, 1878; de Rome 1885, nous permettent de poser le doigt sur la plaie.
En France, les prisonniers, qu'ils soient en cellule, en commun, dans les champs, sont mal surveillés, mal conseillés; on les fait plus ou moins souffrir, on ne les prépare pas à rentrer dans la société. C'est pour cela qu'ils sortent de prison pires qu'ils n'y sont entrés. A part les prisons de Melun et de Poissy,
m LE MONDE DES MISONS
toutes nos prisons sont des écoles patentées de polissonnerie, de yol et d'assassinat.
Ce n'est pas le flot montant de la dépravation, comme se plaisent à le publier de chagrins politiciens, qui porte aux quatre coins du pays la récidive, c'est surtout la prison.
Du jour où les fonctionnaires, entre les mains desquels tombent les prisonniers, s'occuperont de leur mission avec zèle et intelligence, de ce jour-là la récidive diminuera.
Système cellulaire, système auburnien, pénitenciers agricoles, sociétés de patronage sont tous à peu près excellents en théorie ; dans la pratique, ils ne donnent pas de résultats appréciables, parce qu'ils sont exploités par des hommes qui font non une œuvre, mais un métier.
Il y a quelques semaines, venait en discussion, au conseil général de la Seine, l'affaire de l'école pénitentiaire de Porquerolles.
Deux honnêtes gens, M. et M me de Roussen, pris du besoin de se dévouer, avaient offert à M. Gh. Quentin, alors directeur de l'Assistance publique, de leur confier une centaine de petits vauriens, dont ils espéraient, à force de soins et de bons exemples, faire d'honnêtes garçons. Un beau jour, ces vauriens se révoltèrent sous prétexte qu'on les nourrissait mal, qu'on les exploitait, qu'ils en avaient assez de cet esclavage.
A la tête du complot, qui trouve-t-on ? Un instituteur du nom de Ghapoulard, que M. et M me de Roussen avaient renvoyé et qui, pour se venger, s'était fait leur accusateur.