‹ Le monde des prisonsChapitre 130 sur 171 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Voici les fragments d'une lettre que M me de Roussen écrivit aux membres du conseil général de la Seine :

« En terminant, je répète que je me suis

dévouée à cette œuvre que j'estimais être une œuvre patriotique et sociale; qu'elle nous a coûté 80 et quelques mille francs. M. de Roussen tient les pièces comptables à la disposition de ceux qui voudront les voir.

« Moi, elle m'a demandé trois ans de soins, de dévouement et de fatigues.

« Quand je quittai Paris, où mon existence est heureuse et agréable, pour aller auprès de ces enfants vivre seule, me mêlant constamment à eux, les soignant le jour, les veillant la nuit, leur enseignant de toutes façons ce que sont le devoir, l'honneur, la patrie, était-ce seulement pour exploiter un travail que font aujourd'hui quatre ouvriers, et les 75 centimes par jour que donnait l'Assistance?

« Y en a-t-il un de vous qui croie franchement que je l'eusse fait, si une pensée plus haute et plus noble ne m'eût guidée et soutenue?

« A la place des rôdeurs de barrière, des assassins précoces, des voleurs incorrigibles, dont Paris pullule aujourd'hui, nous voulions, mon mari et moi, rendre à la société des citoyens honnêtes, des ouvriers utiles, de bons pères de famille. C'était une œuvre bonne, nous l'eussions accomplie, malgré les difficultés des débuts, si des passions mauvaises, et que je ne veux même pas rechercher, ne fussent venues l'empêcher. « L'école de réforme demandait encore beaucoup d'améliorations, nous les eussions accomplies peu à

peu, les sacrifices ne nous coûtaient pas, nous lavons prouvé. On a fait de cela un rêve, avec un réveil cruel pour nous.

« Nous avons la conscience, malgré toutes les calomnies dont nous sommes abreuvés, d'avoir rempli notre devoir.

« N. de Roussen. »

C'est un mauvais fonctionnaire qui a tout fait échouer. Dans toutes les prisons vous trouverez de ces mauvais fonctionnaires, qui tiennent en échec leurs supérieurs, paralysent leurs efforts; et soit bêtise, soit méchanceté, arrêtent le mouvement moralisateur que M. Herbette, M. Gragnon, et leurs collaborateurs essaient d'imprimer au service pénitentiaire.

Ce sont les réformes opportunes qui préviennent les révolutions. Qu'on jette à bas ces misérables obstacles, en se rappelant que plus tard, il est souvent trop tard.

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