CHAPITRE VII
Trois foyers de « pourriture » en prison. — Pourquoi la loi du 5 juin 1885 n'est-elle pas observée ? — Opinion de Target,
— de M. Faustin Hélie. — de Lacenaire. — Au chauffoir.
— En cellule. — La vie en commun, aggravation de peine.
— Le chantage. — Pourquoi cette promiscuité à la Grande- Roquette?— L'hôpital de la prison. — L'article 613 du Gode d'instruction criminelle. — Gomment est-il appliqué à Paris?
— En province? — La cantine; le pécule. — Javert. — L'argent de poche. — Le froid. — L'humidité. — Un suicide à la Grande-Roquette. — M. Charles Lucas et M. de Rémusat. — Curieuse lettre. — Les ronds de cuir. — Un mot de l'abbé Gombalot. — Saint Vincent de Paul. — Origine des révoltes dans les prisons. — Les directeurs . — Les gardiens. — Abus.
— Le remède.
Trois choses surtout entretiennent la « pourriture » de la prison : la promiscuité des détenus; l'insuffisance de la nourriture et de l'hygiène, la médiocrité des gardiens.
Une loi a été votée le 5 juin 1875, qui enjoint aux départements de transformer leurs prisons suivant le régime cellulaire. Sous prétexte que cette transformation leur coûterait trop cher, les conseils généraux ont jusqu'ici opposé au gouvernement une force d'inertie que celui-ci tolère. Nous avons en France, onze ans après le vote de la loi, une dizaine à peine de prisons
cellulaires; trois ou quatre sont, paraît-il, en voie de construction. C'est dérisoire.
Et cependant, je ne connais pas de loi plus sage, et dont la société doive retirer plus d'avantages que cette loi sur l'emprisonnement cellulaire.
« Qu'un coupable souffre, a écrit Target, ce n'est pas là le dernier but de la loi ; mais que les crimes soient prévenus, voilà ce qui est d'une haute importance... » « A côté de la justice de répression, dit M. Faustin Hélie, notre législation a trop souvent oublié de placer la justice de prévoyance...* »
C'est cette « justice de prévovance » qu'assure la loi du 5 juin 4875.
Pendant son séjour à Poissy, Lacenaire recueillit des notes pour une série d'articles sur le régime pénitentiaire .
« Le nombre effrayant des récidives, écrit-il, ne provient que des vices du système pénitentiaire français. Les bagnes et les maisons de réclusion, qui revomissent périodiquement dans la société l'écume des malfaiteurs, sont les gouffres de démoralisation où se prépare et se distille le poison qui corrompt jusqu'au cœur du détenu et le rejette au sortir d'une condamnation correctionnelle, sur les bancs de la cour d'assises. »
Les déclamations fort à la mode en ce temps-là , F ne manquent pas dans cet article. Lacenaire y montre ces messieurs de la justice jouant avec le malheureux condamné comme le chat avec la souris, à laquelle il ne donne d'abord qu'un léger coup de patte, puis
1 Revue de législation, t. V, p. 102.