DEUXIÈME PARTIE
murs de cette prison l'épouvantent ; ce greffe lui apparaît comme le vestibule de l'enfer.
On le conduit dans une salle commune. Qu'y voit-il?
Des individus généralement habillés comme ceux qu'il voit dans la rue. Il y a des blouses, des jaquettes, des limousines, des redingotes, des vestons à carreaux, Jdes tricots, des vareuses, des chapeaux melons, des chapeaux à haute forme, des casquettes à ponts, sans ponts, des bérets, des toques de loutre, des sabots, des bottines, des souliers lacés, ferrés, des bottes, des escarpins, des grands diables, des gros vieux, des petits malingres, des maigres pâlis, des blêmissants à cravate rouge, des éteints à cravate verte, des Parisiens, des Limousins, des Lyonnais, des Marseillais, des Flamands, des Normands, des serruriers, des comptables, des bacheliers, des chiffonniers, des va-nu-pieds, des S. P. (sans profession), des incorrigibles, des repentants, des gueulards, des pleurards, des arrogants, des rampants.
Tout ce monde fume, cause de ses petites affaires, on se croirait dans une grande halle ouverte à tous venants.
En entrant dans ce chauffoir, ce malheureux cherche un coin, son premier besoin est de s'isoler. Un homme Ta aperçu, s'est levé, est allé à lui. Il lui parle, il calme ses frayeurs, l'assure que son délit n'est qu'une bagatelle, il le console, lui donne des conseils. On peut être sûr que c'est toujours un récidiviste qui connaît les habitudes de la maison et qui flaire une recrue.
Il se fait raconter les circonstances du délit, et
tout en riant des naïvetés de ce novice, il lui explique comment il devra répondre au juge d'instruction. Le germe de la récidivité est dans cette première leçon.
Le lendemain ce malheureux, qui la veille fondait en larmes en franchissant le seuil de la prison tant redoutée; qui tremblait de donner le nom de son père, se sent moins timide, et quand il paraît devant le juge, les leçons de son camarade lui reviennent en mémoire.
Mettez au contraire cet homme en cellule : la vue des barreaux de sa fenêtre, de la porte massive qui ferme son cachot, ce silence qui l'environne, c'est bien là l'image qu'il s'était faite de la prison. Il s'assied sur son escabeau, et la tête entre les deux mains il verse des larmes abondantes ; souvent il tombe à genoux et prie.
Au chauffoir vous avez développé le germe de la récidive, dans la cellule vous l'auriez étouffé.
L'horreur de la prison est un sentiment dont il faut se servir. C'est le commencement de la vertu. Or, ce n'est qu'en cellule, loin des mauvais conseils, seul avec ses regrets, en face de sa conscience qu'un homme qui tombe pour la première fois dans une prison, peut avoir cette horreur. En l'isolant, vous inspiriez à ce malheureux une épouvante salutaire, vous l'empêchiez de faire connaissance avec les pro fesseurs de crime.
Il y a plus : cette vie commune à laquelle vous le condamnez aggrave sa peine. Que de conûdences j'ai eues à ce sujet! combien de malheureux venaient me trouver pour me dire ce qu'ils souffraient au mi-