‹ Le monde des prisonsChapitre 139 sur 171 · DEUXIEME PARTIE Ht · texte numérisé non relu

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vement étaient punis de quatre jours de cachot, de la camisole de force; il n'y avait bientôt plus assez de cachots, ni d'instruments de torture. Les détenus avaient beau faire parvenir des réclamations au directeur, grogner à «on approche, le menacer, se mutiner, rien n'arrêtait son ardeur; vile, il télégraphiait en haut lieu, rassurant l'autorité, faisant l'éloge de sa poigne, de la sûreté de son coup d'oeil, de son autorité morale. Pendant huit jours, le télégraphe marchait, puis tout rentrait dans l'ordre. Le chef de division, qui connaissait le truc, jelait les dépèches au panier ; quelquefois il envoyait un inspecteur, le plus souvent il ne bougeait pas.

La presse seule, toujours avide de faits divers, se laissait emballer. Le directeur recevait les journalistes et leur comptait, par le menu, les dangers qu'il avait courus, c'était à qui ferait l'éloge de ce galant homme. En haut lieu on se tordait : « Encore X... qui a fait sa petite révollel Décidément il faudra le décorer! a Et pendant ce temps-là, les détenus souffraient, ae démoralisaient, s'irritaient, se morfondaient au cachot, au pain et à l'eau, entendaient leurs os craquer sous la pression des courroies que les gardiens serraient par ordre du patron. Un d'entre eux eut un jour l'épaule démise; mal soigné, il est sorti de prison estropié pour le reste de sa vie.

Les révoltes en prison sont rares. Quand elles éclatent, c'est loujours la faute de i'adminislration. Elles naissent ou parce que le travail ne va pas, et que les détenus, privés de leur pécule disponible, souffrent de la faim, ou parce que les gardiens les malmènent. C'est ainsi qu'ont pris naissance les der-

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niêres révoltes de la GrAide-Roquette, de Beaulieu, de Thouars.

C'est à l'administration d'empêcher le chômage. Les entrepreneurs gagnent assez largement leur vie avec les détenus, pour qu'à un moment donné, si l'écoulement de leurs marchandises est arrêté, ils ne ferment pas l'atelier delà prison, jusqu'à la reprise des affaires. Qu'on les oblige à produire. Malheureusement il y 1 a sous roche des anguilles qu'on ne veut pas troubler: des pots-de-vin, qui assurent la compli cité et le silence des fonctionnaires ; de là les chômages, de là la famine, de là les révoltes.

Et puis les gardiens viennent de partout ; on les prend où on les trouve. En Italie, on comprend mieux les choses. Depuis plusieurs années, on a fondé des écoles normales de gardiens, qui donnent les meilleurs résultats. Cette préparation, cette formation, cet entraînement à un service très spécial est indispensable. En France pour les postes élevés, c'est la protection, comme partout, qui y porte. On me signale un jeune homme de trente ans, qui a obtenu un poste relativement important parce que le ministre, au cabinet duquel il était attaché, fut remercié. A son dossier, on peut trouver cinquante-deux recommandations de députés et vingt-quatre de sénateurs qui tous supplient le ministre de l'intérieur de le caser quelque part. Une inspection dans le service pénitentiaire étant devenue vacante, on l'y installa. Il y est encore, et, si j'en crois ceux qui rapprochent, il est plus qu'au-dessous de sa tâche.

L'ancienneté, les services rendus, le talent, sont

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