‹ Le monde des prisonsChapitre 140 sur 171 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

des titres moindres que Fa protection des députés et des sénateurs.

Le personnel est recruté parmi les anciens soldats ou les ouvriers sans travail. Ces gardiens ont les défauts des gens de basse condition, entre les mains desquels on met un bâton de commandement. Ils en jouent brutalement, capricieusement ; ils sont trop accessibles au pourboire. Ils ne donnent pas aux détenus des exemples d'honnêteté, de sobriété, d'équité, dont ceux-ci ont si grand besoin. Sauf de rares exceptions, ils ne brutalisent pas les détenus, mais ils vivent de leurs mauvais penchants; avec de l'argent, les détenus font de leurs gardiens ce qu'ils veulent.

Est-ce ainsi qu'on procède dans les hôpitaux?

L'hôpital est le refuge du misérable que les privations, la maladie ou la débauche ont cloué sur un lit de souffrances. Ce n'est qu'à force de soins et de dévouement, qu'on parvient à le guérir. On ne néglige rien. Il est visité par les maîtres de la science, il a un régime, des médicaments excellents. C'est à ce concours de soins qu'il doit sa résurrection. Plus le corps a souffert, plus le praticien doit être habile, dévoué; plus les soins doivent être assidus, raisonnés.

La prison n'est-elle pas, elle aussi, un hôpital ? Elle recueille des âmes meurtries, débilitées, victimes de mille accidents. Entre les mains de qui met-on ces âmes?

A Melun et à Poissy, on a tenté des essais. Melun, surtout, a eu pendant plusieurs années, à sa tête, un homme de cœur et d'intelligence qui est parvenu à

former un personnel honnête et dévoué. Où sont les imitateurs de M. Niyelle et de M. Bosc? Ce n'est certes pas* la faute de M. Herbette, dont le zèle intelligent est au-dessus de tout éloge ; mais qui seconde M. Herbette?

Il s'en faut que les directeurs de prison aient tous ce qu'il faut pour donner l'impulsion. À côté de braves gens sans éducation, sans instruction, on trouve trop d'ivrognes, trop de grossiers personnages, trop de vieux caporaux à trois brisques, qui croient qu'on leur parle volapiick quand on les entretient du relèvement moral des détenus.

Le personnel des gardiens est trop fait à l'image des directeurs.

« — Ce n'est plus un cheval, c'est l'écurie tout entière qui bronche. » r

Il n'est que temps que les pouvoirs publics s'inquiètent du recrutement et du fonctionnement des agents dans les services pénitentiaires. Il y a de ce côté des abus qui, le jour où une enquête sera ouverte, expliqueront pourquoi la « pourriture » de prison est si difficile à chasser.

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