‹ Le monde des prisonsChapitre 143 sur 171 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

« Lorsqu'il demande à être seul — car c'était dans une prison de province où il n'y a pas de cellule — « Faites-vous mettre au cachot et vous serez seul! » lui est-il répondu.

« Pendant ce temps, tout son mobilier, son linge, ses vêtements, ceux de sa femme, de ses enfants est vendu; il ne lui reste plus rien! Sa femme, dévouée jusqu'à l'héroïsme, ne veut pas le quitter. Elle sait combien sa présence lui est chère et combien c'est une consolation, un appui, un soutien que nulle richesse ne peut payer; elle reste jusqu'à son jugement. Le lendemain, elle arrive à Paris, sans logis, avec ses trois enfants et 1 fr. dans sa poche ! Elle place l'aînée qui a quinze ans, envoie les deux autres en classe et se met au travail. Que de luttes! que de peines !

« Eh bien! monsieur, la justice frappe-t-elle seulement un coupable? Ne frappe-t-elle pas quatre innocents? Gomment cet homme retrouvera-t-il un foyer? Un malheur beaucoup plus grand n'est-il pas à craindre? Cette femme avec cette lourde responsabilité, cette jeune fille de quinze ans ne sont-elles pas jetées au milieu de ce gouffre, comme une proie que la société semble guetter?

« Peut-on répondre des faiblesses humaines? La misère ne conduit-elle pas à l'inconduite? Ces chers êtres n'ont plus leur protecteur naturel à l'âge où elles en ont le plus besoin. Cette mère héroïque jusqu'à présent ne tombera-t-elle pas ? Ne sera-l-elle pas lassée par les luttes de toutes sortes devant un si effroyable malheur? Que dire, que faire pour se recommander? Doit-elle avouer que son mari est en

prison ? Elles sont quatre qui ont besoin de manger tous les jours.

« Eh bien! monsieur, croyez-vous que, dans un cas pareil, devant les antécédents de cet homme, il devrait être traité comme ceux qui font profession de leur inconduite ? Croyez-vous que la justice moralise? Non, elle fait souvent des victimes.

« Cette famille qui est la mienne — vous l'avez compris — est trop bien élevée ; elle a reçu de trop bons principes pour que je puisse craindre qu'elle tombe dans le vice.

« Quant à moi, je dois vous avouer que souvent des idées de haine se sont emparées de moi. Vos paroles m'ont frappé. Elles sont vraies. Mais, croyezmoi, l'action de la justice s'étend maladroitement sur tous de la même manière, et il y a beaucoup de malheureux auxquels on pourrait éviter des rechutes.

«J'ai vu des détenus avec de bonnesnatures.il aurait suffi d'une main amie pour les relever. Cette main, ils ne l'ont pas rencontrée.

« Pour moi, je vous demande quelle est la voie à suivre, puisque ma bonne conduite m'a mené au même but que l'inconduite.

« Agréez, je vous prie, monsieur l'aumônier, mes salutations respectueuses,

Le détenu qui m'a raconté le récit qui suit — c'est l'histoire de sa vie — est un garçon qui a été élevé honnêtement, qui est resté sept ans dans la même maison. Obligé de subvenir aux besoins pressants

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