‹ Le monde des prisonsChapitre 145 sur 171 · TROISIÈME PARTIE 3Ï · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE 3Ï

rut dans la soirée du mercredi. Je demandai à M. "* la permission de faire les démarches nécessaires pour le faire inhumer. Il fut enterré, avec le moins de frais possible, le vendredi. Ma femme allait revenir. La mort de mon frère m'avait beaucoup frappé ; j'avais passé deux nuits à le veilier, j'étais très fatigué. Je partis donc le samedi pour E..., jusqu'au vendredi suivant. t Ces quelques jours de repos et de tranquillité m'avaient fait du bien; j'en conclus que c'était bien le tracas qui me rendait malade. J'avais pris déjà beaucoup de médicaments pour tâcher de me soulager : de la pepsine, du charbon, du bromure, tout cela m'avait coûté cher et ne produisait aucun effet, car il est très difficile de guérir un mal sans en détruire la cause, et la cause, je ne pouvais la dire à personne.

« J'étais allé trouver un de mes cousins afin de savoir s'il pouvait m'avancer une certaine somme, je crois même qu'après lui avoir parlé de mon état de gêne, c'est lui qui me l'avait proposé; mais, au moment de s'exécuter, il refusa en trouvant un prétexte. Dix fois j'avais été sur le point de tout dire à M. '"".mais j'avais peur de ce qui m'arrive aujourd'hui. Il avait déjà été dupé et ne voulait plus l'être, et je savais qu'il ferait prendre le premier qui en ferait autant; c'est ce qu'il a fait.

« Toutes ces réflexions me fatiguaient l'esprit. Je reculais toujours le moment de lui dire la vérité, et puis, une position meilleure pouvait m'arriver; on ne pouvait pas toujours être malheureux.

a Ma mère m'était retombée sur leB bras depuis la mort de mon frère ; elle couchait et prenait ses repas

à la maison : le local qu'elle habitait était trop humide, et puis elle devait avoir l'autre au mois d'octobre. Le temps arrivé, je payai le terme du local humide et elle emménagea dans* l'autre, où elle est encore actuellement. Depuis la mort de mon frère, ma mère ne travaillait pas; je lui fis comprendre que je ne pouvais plus faire ce que j'avais fait; elle chercha une place et elle entra rue des E..., chez une institutrice. Mais la course était longue, le travail fatigant ; elle quitta cette place peu de temps après et me retomba de nouveau sur les bras.

« Pendant le séjour qu'elle fit chez cette dame, elle me dit que je ferais bien de demander une place de concierge dans une école. J'acceptai avec plaisir; mais voilà un an de cela, et je l'attends encore. Dans le courant de l'année, une de mes tantes qui habitait avec ma grand'mère vint à mourir. Qui pouvait-elle mieux choisir que ma mère pour aller la soigner, et moi-même pour remplir les formalités nécessaires pour l'inhumation? Je demandai la permission et je fus près de G... remplir ces devoirs que je ne pouvais refuser.

« Ma tante étant morte, ma grand'mère eut beaucoup de chagrin, et, comme elle a quatre-vingt-cinq ans, et qu'elle était habituée à être avec ma tante, elle ne pouvait rester seule après un pareil coup. Ma mère me proposa de l'emmener, pour une quinzaine de jours, afin qu'elle pût se remettre un peu; puis, du reste, ma mère me disait :

« — Ta tante de N... — celle qui m'avait envoyé une obligation — t'en saura gré, sois tranquille, je vais lui écrire. »

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