TROISIÈME PARTIE
« — Manger et coucher.
« — Rien de plus facile, reprit l'hôte...
« — J'ai de l'argent.
« — En ce cas, on est à vous, dit l'hôte. »
« Cependant, tout en allant et venant, l'hôte considérait le voyageur. Il fit demander un renseignement à la mairie. De la mairie on lui répondit que ce voyageur était un forçat libéré.
« — J'ai l'habitude d'être poli avec tout le monde, allez-vous-en. »
« L'homme baissa la tête, ramassa le sac qu'il avait posé à terre et s'en alla.
« Il était entré dans un cabaret.
« — Qui va là ?
« — Quelqu'un qui voudrait souper et coucher.
« — C'est bon ; ici on soupe et on couche. »
Par malheur, un voyageur le reconnaît et prévient le cabaretier. Le cabaretier revient à la cheminée, pose brusquement sa main sur l'épaule de l'homme et lui dit :
« — Tu vas t'en aller.
« — On m'a déjà renvoyé de l'autre auberge.
« — On te chasse de celle-ci. »
« Libération n'est pas délivrance. On sort du bagne, mais non de la condamnation. »
La scène se passe à la prison de la Force.
Les détenus sont dans la cour, ils causent entre eux.
« — Tiens, voilà Frank! dit Gardillac... Comment, c'est toi ! Je te croyais au moins maire de ton endroit à l'heure qu'il est... Tu voulais faire l'honnête...
« — J'étais bête et j'en ai été puni, dit brusquement Frank, mais atout péché miséricorde... c'est bon une fois... me voilà maintenant de la pègre jusqu'à ce que je crève, gare à ma sortie !
« — A la bonne heure, c'est parler.
« — Mais qu'est-ce donc qui t'es arrivé, Frank?
« — Ce qui arrive à tout libéré assez « colas » pour vouloir, comme tu dis, faire l'honnête... Le sort est si juste !... En sortant deMelun, j'avais une masse de neuf cents et tant de francs... Vous allez voir à quoi mène le repentir... et si on fait seulement ses frais. On m'a envoyé en surveillance à Étampes... Serrurier de mon état, j'ai été chez un maître de mon métier ; je lui ai dit : « Je suis libéré ; je sais qu'on n'aime pas à les employer, mais voilà les neuf cents francs de masse, donnez-moi de l'ouvrage ; mon argent, ce sera votre garantie ; je veux travailler et être honnête.
« — Je ne suis pas banquier pour prendre de l'argent à intérêt, qu'il médit, et je ne veux pas de libéré dans ma boutique ; je vais travailler dans les maisons, ouvrir des portes dont on perd les clefs ; j'ai un état de confiance, et si on savait que j'emploie un libéré parmi mes ouvriers, je perdrais mes pratiques. Bonsoir, voisin. »
« Comme il n'y avait que quatre serruriers à Étampes, celuià qui je m'étais adressé le premieravaitjasé ;