‹ Le monde des prisonsChapitre 15 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

prenez, monsieur Moreau; j'ai mes clients, je cause avec eux; je fais l'aimable, l'empressé, le bon garçon; je les soigne de mon mieux; je finis toujours par arriver à savoir leur nom, leur adresse, leurs habitudes; quand je suis fixé, je préviens les camarades; un beau soir, ils se rendent chez mon client pendant que je le garde au restaurant, et ils « travaillent » à leur aise.

« J'ai choisi cette bande parce qu'on n'y « bute » pas; on ne va que jusqu'au « ficelage». Si, par hasard, le client était chez lui, ou rentrait trop tôt, on ne le saignerait pas, on le fi cèlerai t.

« Dans ce moment-ci, nous préparons une belle affaire à la campagne, chez un de mes amis, qui est très riche, et qui ne se méfiera pas de moi. Je me ferai inviter à aller passer huit jours chez lui, sous prétexte d'organiser sa cave, sa basse-cour, sa serre, et je compte que nous ferons une belle récolte.

« Au revoir, monsieur Moreau ; venez donc déjeuner chez moi un de ces matins ; voici mon adresse. Vous verrez, je vous soignerai bien, vous serez content. »

Et tout cela dit tranquillement, pourquoi n'ajouterai-je pas? ce qui est la vérité : de la meilleure bonne foi du monde, sans trouble, sans remords.

En général, les voleurs de profession ont maintenant un métier ; celui-ci était restaurateur, cet autre sera chapelier, cocher de fiacre ; — ils ont tous de faux papiers, très en règle ; on ne se doute pas avec quelle facilité ils se les procurent et combien l'autorité est leur dupe et leur complice à son insu — vitrier, huissier, domestique. J'en ai connu un qui

était parvenu à se faire admettre au grand séminaire d'Issy, où il a passé trois mois. De cette façon ils se créent des références pour la police et des relations dans tous les mondes. Ceux d'entre eux qui vivent de là prostitution ne sont pas les plus dangereux.

Dans les bandes, il y a néanmoins, une ou deux femmes. Le « petit homme » d'Aurélie était la tête d'un groupe dont Aurélie était l'âme.

Au mois de novembre dernier, on arrêtait, aux Halles, trois individus : Durand, Dourche et Lehar, qui offraient en vente, aux passants, un ciboire et un bénitier en argent, d'une grande valeur.

Une enquête fît découvrir que Je bénitier et le ciboire avaient été volés chez madame Ber tin, demeurant boulevard Beauséjour, 11.

M. Goron parvint à mettre la main sur une bande organisée et connue sous le nom de : « La bande au père Mathieu » .

Cette association se composait de douze jeunes filous de seize à vingt ans.

Leur chef, un nommé Mathieu, âgé de cinquante et un ans, avait autrefois la spécialité de détrousser les voyageurs dans les gares.

Depuis quelque temps, il ne mettait plus la main à la pâte. Il se contentait de diriger la bande et d'indiquer les coups à faire.

Quand un vol avait été commis, c'était chez lui qu'on apportait le butin; puis, selon l'importance des objets, il distribuait à chacun une somme de 2 à 5 francs, mais jamais plus.

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