PREMIÈRE PARTIE
La bande opérait principalement dans le seizième et le dix^septième arrondissements.
Les malfaiteurs qui en faisaient partie agissaient avec une audace extraordinaire. Ils brisaient les grilles des villas, enfonçaient les portes et mettaient tout au pillage.
Dans l'hôtel de M me Singer, avenue Hoche, ils s'étaient introduits dans la salle à manger à l'aide d'un monte-plat, et avaient commencé à manger des confitures. Surpris par le concierge, ils avaient déguerpi par les toits.
Ils se nomment, noms et sobriquets : Durand, dit le Pâtissier; Dourche, dit le Grand Albert; Collier; Lehar, dit le Sacristain; Boulanger, dit la Louisette; Golot, dif l'Asticot; Juard(Paul); Job; Jablowski; Bournay et Allemacher, le receleur; Mathieu, dit le Papa.
Le nombre des vols qu'ils ont commis s'élève à vingt-cinq.
Ces individus déclarèrent avec un cynisme incroyable à lll. Goron qu'ils avaient de hautes vues pour l'avenir.
« — Quand nous serons revenus de la Nouvelle, nous ferons un grand coup. La fortune ou la place de la Roquette, voilà ce qu'il nous faut. »
Quand on approche de près ces misérables , on se demande s'ils ont une âme. A voir leur insensibilité, leur cynisme, leurs instincts si naturellement féroces, on est plus tenté de les prendre pour des animaux à face humaine que pour des êtres de notre race.
Dans la nuit du 21 au 22 septembre 1846, M mo Dackle,
demeurant 10, rue des Moineaux, élait assassinée. Après bien des recherches, on finit par s'emparer de tons les coupables; parmi eux se trouvait une femme Dubos. Quand on lui demanda pourquoi elle avait aidé au meurtre, elle répondit simplement : « — Pour avoir de beaux bonnets ! »
Un vieux juif, nommé Cornu, ancien chauffeur sous les ordres d'un chef de bande célèbre, Salambier, se promenait, un jour de beau temps, aux Champs- Elysées. Il est rencontré par déjeunes voleurs, grands admirateurs de ses hauts faits, qui lui disent :
« — Eh bien ! père Cornu, que faites-vous maintenant ?
« — Toujours la grande soûlasse, mes enfants, répondit-il avec bonhomie, toujours la grande soulasse. » La «grande soûlasse », c'est l'assassinat suivi de vol.
Lacenaire avait à la Force un petit chat : ranimai fit des ordures sur le lit; il le jeta par terre avec tant de violence, que la pauvre bète en mourut.
« — Je regardai, dit-il, l'agonie de l'animal avec un intérêt et une compassion que je n'avais jamais éprouvés vis-à-vis de mes victimes. La vue d'un cadavre, d'une agonie, ne produit sur moi aucun effet. Je tue un homme comme je bois un verre de vin. »
« — Couper la cabêche à un homme, qu'est-ce que cela? disait Prévost, c'est du chocolat, c'est du velours !» Et à un de ses gardiens qui lui demandait pourquoi il avait tué Adèle Blondin :