‹ Le monde des prisonsChapitre 152 sur 171 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Et je vis deux grosses larmes couler le long de ses joues, pendant que je lui serrais la main.

Gomment remédier à ces situations douloureuses et intéressantes ? 11 faudrait tendre la main à ces hommes, qui ont eu leur heure d'égarement, et qui l'ont expiée. Ils veulent maintenant travailler honnêtement.

Que faire?

D'abord, ne pas jeter si facilement en prison le3 hommes condamnés à de petites peines. On ne devrait enfermer un homme qu'après plusieurs comparutions devant la justice. De bonne foi, où veuton qu'il se case lorsqu'il est obligé d'avouer qu'il sort de prison? Souvent c'est pour une faute minime qu'il a été condamné, mais on ne s'en rend pas compte. Il sort de prison !

M. Bérenger est l'auteur d'une loi sur la liberté provisoire. Qu'on applique largement cette loi comme elle est appliquée en Angleterre.

11 faut ensuite multiplier les sociétés de patronage en faveur des libérés.

Suivant les uns, c'est une utopie de rêver l'amélioration d'adultes endurcis dans le crime, de croire à leur repentir, à leurs bonnes résolutions, de prétendre les assujettir au travail et au respect des lois.

Suivant d'autres, c'est un crime de protéger ceux que la justice a punis, de leur distribuer des secours qu'on devrait réserver pour les indigents honnêtes, d'offrir une prime à l'inconduite en lui assurant l'assistance.

Ce qui précède prouve qu'il n'y a pas dans les prisons que des natures perverses, et qu'à côté des criminels dont la dépravation parait incurable, il y a les faibles, les ignorants, les délaissés, que l'entraînement ou la misère ont rendus coupables, mais qu'une bonne influence parvient à ramener. Ayons pour eux de la compassion, de l'indulgence, du dévouement, ils écouteront nos conseils et les suivront. Il pourra y avoir des rechutes, mais elles ne détruiront pas le bien moral obtenu pendant la duré de l'assistance. Ce résultat peut consoler des déceptions passagères et inévitables.

Je demanderai d'abord à ceux qui reprochent aux Sociétés de patronage en faveur des libérés d'attribuer à des indignes les dons de la charité, si les plus malheureux sont toujours ceux qui nous tendent la main dans les rues ou à nos portes? Ceux-là peuvent obtenir du travail s'ils sont valides, et des refuges nombreux leur sont ouverts, s'ils sont âgés ou infirmes; tandis que les condamnés sont partout repoussés. Impossible, aujourd'hui surtout, de cacher son passé par suite de l'usage abusif du casier judiciaire. Et cependant dire à un homme : Parce que tu as failli une fois, tu es à jamais déshonoré, n'est-ce pas une injustice? Pourquoi aggraver les rigueurs de la loi qui n'a jamais voulu porter contre ce malheureux une pareille sentence? Pour refuser ainsi d'accueillir et d'assister ceux qui sont tombés, il faudrait en outre voir tout fait pour empêcher les chutes.

T'ajoute que c'est d'ailleurs affaire de sécurité soe, et non de sentiment. En effet, la récidive deît par son accroissement un péril menaçant; de

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