TROISIÈME PARTIE
10 p. 100 en 1830, de 18 p. 100 en 1848, elle est aujourd'hui de 50 p. 100, et en moins de trois ans, la moitié des libérés reviennent dans les prisons, plus corrompus que jamais.
Notre système pénitentiaire n'atteint donc pas ce qui devrait être son but principal : M amendement du coupable: L'emprisonnement cellulaire est un remède insuffisant. Gomme Fa dit M. d'Haussonville : « Quelle que soit cette réforme, elle restera vaine si, à l'heure de la libération, le détenu est livré sans transition et sans appui à toutes les difficultés de l'existence, à toutes les séductions de la liberté ».
C'est de cette pensée que sont nées et que s'inspirent les sociétés de patronage, dont les incontestables bienfaits se produisent sous deux formes principales : la visite dans la prison et le placement chez un patron ou dans un atelier. Toutefois, comme les visites dans la prison sont nécessairement rares et sommaires, et comme, d'autre part, il faut beaucoup de temps et de démarches pour trouver du travail aux libérés, pour rapatrier les uns, pour faire engager les autres dans l'armée, il est indispensable de créer des asiles d'un caractère permanent. C'est là seulement qu'on pourra arriver à connaître complètement le libéré, à le préserver de l'oisiveté et de l'abandon, à lui donner un enseignement soutenu, à reconstituer ses forces, à lui apprendre un état.
C'est donc travailler efficacement à la diminution de la récidive que d'ouvrir des asiles de ce genre près de chacune de nos prisons.
Les limites de ce travail ne me permettent pas de donner des renseignements sur toutes les œuvres créées en faveur des libérés. Je dirai un mot des principales.
Au fond d'une ruelle étroite et coudée du quartier de Grenelle, derrière l'Ecole-Militaire, rue de la Cavalerie, une porte cochère munie d'un judas, montre, sur des panneaux de bois peints en jaune, de gigantesques numéros 4.
Le père Vincent vous ouvre. Un vieux petit bomme à la face rubiconde et finaude, type du gardien de prison, sur la tête duquel on s'étonne de ne plus voir la casquette à liseré des surveillants de centrales. Aidé par sa femme et sa fille, le patron, comme on l'appelle, gouverne dans cet asile de la Société générale pour le patronage des libérés une trentaine d'individus à face minable qui viennent s'abriter là au sortir de Mazas, de la Roquette ou de Sainte-Pélagie. Pour leur faciliter la réintégration dans la société et leur donner le temps de trouver du travail, on les garde pendant quinze jours, on les loge, on les nourrit, on les occupe. Le matin, ils ont la liberté de sortir pour chercher du travail au dehors. Ils rentrent pour le déjeuner, et l'après-midi ils sont employés, dans l'établissement, à triller des graines, à faire des cartonnages, etc.
Ce fut un jour de Pâques, à la nuit, que je me présentai à l'^cile avec ur de mes amis; le personnel de l'endroit était au complet. Assis autour du poêle dans l'atelier, les libérés causaient ou lisaient.