TROISIÈME PARTIE
Malgré ces agrandissements, l'asile devint bientôt insuffisant pour faire face aux demandes qui lui étaient adressées de toutes parts.
En 1872, un legs de 114 hectares, dans l'Isère, permit à l'œuvre d'établir sur les bords du Rhône une colonie nouvelle : le Sauget. L'agriculture et l'industrie des toiles en firent bientôt un établissement susceptible de recevoir trente réfugiés. On y érigea une chapelle dédiée à saint Dysmas, le bon larron. L'absence seule de bâtiments d'habitation a arrêté le développement de celte fondation, appelée à recevoir une population de plus de quatre-vingts réfugiés.
Pour fifre admis dans un des asiles de Saint- Léonard, soit à Cou ion (Rhône), soit au Sauget (Isère), il suffit à un détenu d'en faire la demande quelques jours d'avance, en la faisant approuver par le directeur ou l'aumônier de la prison où il se trouve; d'être âgé de moins de cinquante ans, et capable de travailler douie heures par jour. Dès son arrivée, on lui donne un habillement complet pour la semaine, et un second pour les dimanches. L'asile lui demande un séjour de six mois. A cette condition, signée par lui après quarante-huit heures de réflexion, la maison lui accorde 10 p. 100 sur son travail , 40 centimes par semaine pou r son tabac et des gratifications aux époques des récompenses. Ce travail de douie heures est interrompu. par deux arrêts. Le réfugié a pour se récréer un vaste lieu de promenade, une bihliothèque et l'usage facultatif du tabac. Le dimanche, cinq heures lui sont accordées pour une promenade libre; mais la rentrée est rigou-
reusement exigée pour tous à une heure fixe, sous peine de renvoi après deux infractions à cette règle, ou même après une première infraction si on a découché.
A la fin de chaque mois, un état de mouvement est soumis à la préfecture du fthône. Des livrets de caisse d'épargne et des effets d'habillement sont distribués chaque année, à l'occasion de la fête de la maison, aux réfugiés les plus méritants. Après six mois d'épreuves et de discipline, si le réfugié a eu une conduite laborieuse, et s'il désire se retirer, on emploie tous les moyens pour le caser et Ton y parvient en général; mais on ne se prête pas à placer ceux qui ont donné quelques sujets de mécontentement par leur négligence, ou par leur inconstance, ou qui ont de trop déplorables antécédents. D'autre part, celui qui ne réclame aucune faveur du dehors, est laissé parfaitement libre de prolonger son séjour dans la maison.
En général, la moyenne du séjour est de six mois; mais il en est qui préfèrent se fixer indéfiniment à l'asile.
Le personnel varie à Gouzon de 50 à 65 ; au Sauget, pour le moment, il est de 25 à 30. Deux mille hommes ont déjà profité de ces asiles et sur ce nombre, l'œuvre en a placé 25 p. 100, renvoyé 10 p. 100 environ; le reste s'est tiré d'affaire à son gré. Les dimanches, les libérés assistent aux offices de la chapelle; mais, pour ce qui est de la pratique religieuse, chacun conserve toute sa liberté. Cette liberté fait aimer l'asile aux réfugiés. A Saint-Léo-