‹ Le monde des prisonsChapitre 17 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

« — Que veux-lu ? c'était un crampon, je ne savais comment m'en débarrasser. >:

Le 1 er décembre, Gamahut était àBriare avec deux ouvriers nommés Caillette et Teinturier, qui faisaient leur tour de France et qui l'avaient accepté pour compagnon.

A plusieurs reprises, il parla à ses camarades de voler, d'assassiner, répétant qu'il n'était pas homme à reculer devant un meurtre, et, comme Caillette manifestait une sorte de terreur :

« — Tu ne me connais pas, lui dit Gamabut, j'ai déjà mis la main dans le sang. On cherche partout à Paris l'assassin de M me Ballerich. Eh bien ! tu Tas devant toi ! »

Pendant la scène du crime, comme la pauvre femme luttait avec des efforts désespérés, Gamahut ouvrit son couteau, le lui plongea dans la gorge et dit à Soulier et à Bayou :

« — Allez, les enfants, vous pouvez travailler, je lui ai fait son affaire ! »

La vue du sang lui inspira même d'immondes plaisanteries :

« — C'est bientôt Noël, dit-il, on pourra faire du boudin !...

« — La vieille n'aura pas froid aux pieds cet hiver ! »

Dorangeon, qui n'avait manifesté aucune émotion en entendant prononcer son arrêt, s'abandonnait, dans son cachot à la Grande-Roquette, à des mouvements de gaieté bruyante. Il chantait des airs connus, sur lesquels il arrangeait des paroles ayant trait à sa

mort prochaine. Quelquefois il dansait en chantant, et s'interrompait pour adresser cette question à ses gardiens :

« — A quelle heure coupe-t-on la tronche (tète) ici ? »

Et voyant qu'on ne lui répondait pas, il continuait à danser.

« — Je m'y attendais, répondit -il sans manifester d'émotion, quand on vint l'éveiller le matin de l'exécution. »

En descendant l'escalier pour se rendre à l'avantgreffe, il dit à un de ses gardiens, faisant allusion aux paroles qu'il chantait dans sa cellule : #

« — Eh hien ! aujourd'hui, on la coupera. »

Voyant qu'on cherchait à lui rattacher une pantoufle qui s'était échappée de son pied, il ajouta :

« — Ça n'est pas la peine, ça durera assez longtemps. »

En arrivant à l'avant-greffe pour la toilette , on lui enleva sa hlouse, et, comme sa tète éprouvait quelque difficulté à passer, il dit en riant :

« — Tiens ! ma tète est trop grosse. Oh ! ça passera facilement tout à l'heure. »

Il se borna à dire, lorsqu'on lui eut placé les entraves :

« — Elles sont neuves, elles ne casseront pas. »

Quand Blin arriva à la Grande-Roquette, les « garçons » lui firent une ovation. Ce fut pendant huit jours un engouement indescriptible. Chacun tenait à le voir de près, à l'entendre raconter ses prouesses, à recueillir de sa bouche une coquinerie bien accentuée.

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