‹ Le monde des prisonsChapitre 162 sur 171 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

clouent sur un lit pour le reste de leur vie, et qui n'ont plus de place dans la société ; elle ouvre des hôpitaux aux malades, trop pauvres ou trop isolés pour se faire soigner chez eux.

Pourquoi, à la place de ses geôles coûteuses et infectées, l'Administration pénitentiaire ne construiraitelle pas dés hospices et des hôpitaux?

Le jour même où s'ouvrait à Rome le sixième congrès pénitentiaire, le Journal Officiel publiait un décret réglementant à nouveau le régime des prisons de courtes peines.

Ce décret a-l-il fait avancer d'un pas la question matérielle? A-t-on construit de nouvelles prisons cellulaires? veillé à ce que les détenus soient séparés, surveillés, nourris? A-t-on répandu dans ces tristes demeures l'air, l'honnêteté, la lumière? balayé la pourriture? N'est-ce pas toujours Javert et ses amis qui triomphent? Des palais scolaires ont jailli de toutes parts du sol français. Des hôpitaux splendides ont remplacé les cloaques où les malades entassés mouraient empoisonnés; on a oublié les prisons.

Devant une baraque foraine, un saltimbanque annonce, à grand renfort de grosse caisse, « la véritable femme-poisson ». La foule se précipite; on tire le rideau ; une vieille femme apparaît et commence ainsi son petit speach :

« — Mesdames et messieurs, je suis la femme-poisson... (Mouvement d'étonnement.)

« Mon mari, Isidore Poisson, est mort, il y a cinq ans, me laissant seule au monde sans fortune ; et comme vous semblez vous intéresser vivement à mes

malheurs, je vais faire le tour de l'honorable société ! »

N'est-ce pas un peu l'histoire de l'Administration pénitentiaire? On nous annonce des merveilles. Quand on tire le rideau, que voit-on?

Cette incurie n'est pas la faute des hommes de cœur qui dirigent aujourd'hui ces services. La société est malheureusement avec Javert contre eux. Nous nous complaisons dans cette pensée que le détenu souffre, qu'il est malheureux. Il semble que nous sommes mieux vengés, et que les tortures qu'il endure auront plus vite raison de ses mauvais instincts. En quoi nous nous trompons. Pour guérir, il faut au malade autre chose que de mauvais traitements.

Je voudrais que la société soupçonnât que les détenus sont des malades; et que l'Administration pénitentiaire a, comme l'Assistance publique, ses incurables, ses infirmes temporaires ; qu'elle a charge d'âmes.

Les incurables de l'Administration pénitentiaire sont les voleurs de profession, les coquins par tempérament.

Faut-il les tuer?

Non ; parce que si on les tue, il faut les tuer tous.

A la Nouvelle-Calédonie, quand il y a une révolte, la troupe prend position dans le quartier et fait feu à volonté. En Algérie, quand un crime a été commis loin des villes, et que nos soldats ont réussi à s'emparer des coupables, ils ont le droit de fusiller, sans autre forme de procès, le premier qui fera le simulacre de se révolter; il paraît que presque tous font e simulacre, car presque toujours nos troupiers re-

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