‹ Le monde des prisonsChapitre 163 sur 171 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

viennent seuls à la ville. Un massacre général des voleurs de profession répugne à nos mœurs, et puis, dans le nombre, il peut y avoir des innocents.

Faut-il les exiler?

Non ; parce que les tristesses de l'exil n'impressionnent pas les coquins; et que d'ailleurs on revient de l'exil. De plus, ces voyages nous coûtent fort cher. J'ai sous les yeux un rapport confidentiel qui établit que chaque transporté nous coûte plus de 4,000 fr. ; les frais de passage s'élèvent déjà à 4,000 fr. Or, on vient d'expédier à la Nouvelle-Calédonie 300 relégués, 2,000 attendent leur tour; d'autres les suivront à des échéances rapprochées. Transportés et relégués nous coûteront au bas mot 20 millions par an.

Ne vaudrait-il pas mieux leur bâtir avec cet argent des hospices pénitentiaires , dans lesquels on les isolerait pour leur vie ou pour un temps, suivant que leur maladie serait plus ou moins chronique? La cellule, a écrit M. Herbelte, dans un rapport officiel, « est ce que redoutent le plus » les criminels de profession. Gomme supplice, c'est vraiment le dernier.

Je lisais dernièrement cette boutade dans un journal : Tristesses du général Boum :

« Je ne sais pas comment je me fais toujours battre! Je m'occupe cependant bien de mon affaire... Ainsi, tout le temps qu'a duré la dernière bataille, je n'ai cessé de lire les Commentaires de César ! »

Nous n'agissons pas autrement avec les récidivistes. Dieu sait si on s'en occupe ! Dans les salons, dans la presse, au Parlement, partout on cherche les moyens de les réduire. D'où viennent nos insuccès?

D'où vient qu'en dépit de tant de bonne volonté, en dépit des lois, l'armée du crime est invincible ? De ce que nous manœuvrons à la façon du général Boum. Pendant que les coquins s'organisent pratiquement, nous faisons de la stratégie de cabinet, que dis-je? Nous présidons nous-mêmes à leur recrutement. Au lieu de les diviser nous les réunissons ; et puis comment les traitons-nous ? A certaines heures nous sommes féroces, à d'autres d'une sensiblerie déréglée ; nous n'avons dans nos projets ni suite, ni logique, et nous sommes assez naïfs pour nous étonner qu'à chaque assaut nous subissions un échec !

Quant aux prisonniers de courtes peines, il faut au lieu de nos prisons infectées par une pourriture qui achève de les empoisonner, leur ouvrir des hôpitaux pénitentiaires, où circuleront l'air, l'honnêteté, la lumière.

J'ai indiqué que le seul régime qui leur convient — aux enfants comme aux adultes — est celui que la loi du 5 juin 1875 a fixé : le régime cellulaire. Or, pour que ce remède ne soit pas un poison, il faut qu'il soit administré par des infirmiers connaissant leur métier.

Quelque temps après le 2 décembre, M me Cornu, sœur de lait de Louis Bonaparte, lui disait :

« — Et puis, je te le demande, quel est ton entourage? un ramassis d'aventuriers, des gens sans foi ni loi? » Bonaparte répondit :

« — Que veux-tu? j'ai fait appel aux honnêtes gens, ils n'ont pas voulu venir à moi. »

C'est la réponse que me fit un ancien ministre de

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