‹ Le monde des prisonsChapitre 164 sur 171 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

l'intérieur, auquel je signalais l'indignité de certains agents des services pénitentiaires...

« — Eh ! que voulez-vous, mon cher aumônier, ces services ont trop d'analogie avec ceux de la police ; beaucoup d'honnêtes gens nous refuseront leur concours, de crainte qu'on ne dise d'eux : « Il est de la police » ; ils ne veulent pas s'encanailler : voilà pourquoi, dans le nombre, il y a tant d'aventuriers, des gens sans foi ni loi. »

Pour ma part, je n'oublierai jamais la terreur dont fut saisie une dame à côté de laquelle je me trouvais à table, quand elle eut appris que son voisin était l'aumônier de la Grande-Roquette. Elle recula sa chaise, de pâle devint rouge, de rouge cramoisie ; pour un peu elle se serait trouvée mal. Plusieurs de mes amis avaient renoncé à me présenter à leurs invités ; ils donnaient mon nom, mais taisaient ma lugubre fonction.

* — Que fait ce monsieur ?

« — Il vit aumilieu des criminels » ; autant dire c'est un criminel lui-même. — Le préjugé est idiot, mais il n'en est que plus vivace, à la façon des mauvaises herbes qu'on ne parvient à détruire qu'en passant le fer et le feu dans le champ.

Est-ce que le personnel des services pénitentiaires ne devrait pas être, comme celui des services hospitaliers, entouré de l'estime et de la considération universelles?

« La déconsidération qui s'attache à l'homme de la police en France, écrivait Albert Wolff — au lendemain du jour où on accordait une médaille d'or à l'agent Rossignol, et qui lui donne une situation tout

exceptionnelle, repose sur deux causes, dont la première est l'organisation défectueuse de la police, et dont la seconde est la sorte de suspicion dans laquelle nous tenons les hommes attachés. à son service... » Et, plus bas, il ajoutait :* * L'écume de Paris agirait peut-être avec moins d'audace si les hommes qui nous défendent contre elle pouvaient compter davantage sur notre estime... »

Ce préjugé est aussi indigne d'une société démocratique que celui qui nous fait repousser le détenu au sortir de prison, est indigne d'une société chrétienne.

Sur le Calvaire, à droite et à gauche du divin Crucifié, se trouvaient deux voleurs; l'un incorrigible, l'autre repentant. C'est dans le Ciel, — à côté de Lui, — le jour même, — que Notre-Seigneur promet à celui-ci une place.

La Providence, qui dirige toutes choses, m'a ménagé en ces derniers temps quelques tristesses et aussi quelques consolations.

Un peu de vide s'est fait autour de moi. J'ai vu mourir quelques-uns de mes amis ; j'en ai vu d'autres s'éloigner; plusieurs oublier jusqu'à mon nom. J'en ai conçu un vif chagrin.

C'est alors que le souvenir de mes frères les prisonniers m'est doucement monté au cœur. J'ai relu avec émotion leurs lettres ; je me suis rappelé qu'un certain nombre m'avaient fait promettre de garder

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