PREMIÈRE PARTIE
de la famille qu'il y avait une mine d'or à exploiter à Paris. Il fut assez pressant pour l'entraîner loin des siens et le massacrer ; pour revenir un mois après, persuadera sa veuve que l'affaire était en pleine prospérité, mais qu'il fallait lui confier les deux fils aînés afin de les aider, lui et le père ; pour amener enfin toute la famille à lui, la disperser habilement et la réunir dans la même fosse aux environs de Pantin.
Il conçut et exécuta son plan avec une méthode et un flair merveilleux. Je ne serais pas éloigné de croire qu'il en était arrivé à se persuader que la Providence le protégeait, que Dieu était de compte à demi dans ses opérations. Il espérait, une fois maître des papiers et des titres de la famille, filer en Amérique, envoyer delà-bas une procuration au nom de Kinck, réaliser la fortune de ses victimes et s'assurer une petite existence bourgeoise à la façon de Jean Valjean.
Il avoua à l'abbé Grozes que la cause de sa profonde démoralisation était la lecture des romans. A force de vivre dans ce monde imaginaire, il s'était pris d'une belle passion pour ces héros du bagne qui se refont une honnêteté avec les dépouilles de leurs victimes et meurent administrateurs d'un bureau de bienfaisance.
Gamahut, lui, avait été trappiste, à deux reprises différentes. De sa cellule de Mazas, il écrivit au frère Timothée qu'il croyait encore supérieur général, pour se recommander à ses prières. Voici des fragments de cette lettre :
« Vous devez vous demander quel est le malheureux qui ose vous écrire ; hélas ! vous ne me con-
naissez que trop, car en 1876, vers la fin de novembre, sur une lettre de recommandation de ma tante, M me Blampain, vous m admettiez au nombre des frères postulants oblats ; je pris l'habit religieux le 2 février, jour de la Purification, et je sortis de votre monastère vers le mois d'avril 1877.
« Vous devez bien vous souvenir qu'à cette époque ma tante, M me Blampain, voyant que je quittais le monastère, ne voulut plus me recevoir chez elle, et, depuis ce temps, sa porte m'a toujours été fermée ; alors je portais le nom de frère Tiburce, qui est mon nom de baptême.
« Enfin, vers l'hiver de la même année, je rentrai de nouveau dans votre ordre pour la seconde fois, je pris le nom de Stanislas et quittai définitivement le couvent vers le mois de mars 1878. »
Au cours de sa lettre, Gamahut supplie le supérieur de la Grande-Trappe de le recommander aux prières de la communauté. Puis il prend cet engagement pour l'avenir:
« Si la volonté de Dieu voulait que je ne sois que condamné aux travaux forcés à perpétuité, je m'efforcerais par ma bonne conduite à réparer la faute que j'ai commise, ou plutôt le crime auquel j'ai pris part le 27 novembre 1884. »
Au cas contraire, il promet de s'efforcer de mourir en chrétien repentant. Il termine en sollicitant une réponse.
« Car, dans la situation où je suis, quelques mots de consolation soulagent et cela aide à supporter courageusement sa peine.
« Je termine donc dans l'espérance que vous ne