PREMIERE PARTIE
m'oublierez pas dans vos prières, tout indigne que je suis.
« Un criminel repentant.
« Adolphe-Tiburce Gamahut,
« Né le 13 décembre 1861, à Epernay (Marne).
« N° 44 de la 6 e division, àMazas, « Boulevard Diderot, Paris. »
Pendant que Lacenaire attendait à la Force l'arrêt qui devait l'envoyer à Poissy, il y rencontra un détenu politique, M. Vigouroux. M. Vigouroux fut frappé de la tournure originale de cet esprit. Lacenaire lui lut quelques poésies. M. Vigouroux s'intéressa à cet étrange voleur. Il tenta de le ramener au travail. Il ne voyait dans sa condamnation qu'une folie de jeunesse. Lacenaire lui écrivit :
. « Soyez persuadé, monsieur, que je m'efforcerai de mériter la bienveillance que vous me témoignez et qui adoucit beaucoup ma position ; elle me relève à mes propres yeux et me prouve que si je ne puis plus aspirer à reprendre dans la société le rang que mes talents auraient pu m'y faire occuper, je puis encore du moins espérer de reconquérir l'estime des personnes éclairées et dénuées de préjugés qui, comme vous, pardonnent au repentir et ne punissent pas un homme toute sa vie pour une faute d'un moment.
« J'aurais peut-être des motifs d'excuse à alléguer vis-à-vis de tout autre, dans les circonstances critiques où je me suis trouvé, les épreuves que j'ai subies et auxquelles je n'ai pas eu la force de résister ; combien je me repens, en me voyant sans cesse entouré de l'écume de la société. Car, s'il y a ici quelques per-
sonnes que Ton peut fréquenter, la plupart ne sont, comme vous pouvez le penser, que des gens perdus de vices et abrutis dans le crime; aussi, plutôt que de retomber dans une semblable maison, je préférerais mille fois endurer ce que la faim a de plus cruel.
« Si j'ai des actions de grâces à rendre à la Providence, c'est de ne pas m'être laissé aller au découragement et au désespoir. C'est à vous, monsieur, que j'en serai redevable; puissiez-vous jouir de votre œuvre en disant : J'ai ramené un homme du chemin du crime pour lequel il n'était pas né !
« Notre connaissance fera époque dans ma vie, car, sans vous, je ne doute pas, qu'abandonné paKout le monde, j'aurais continué à parcourir une carrière honteuse, de laquelle la nécessité et le délaissement des hommes m'auraient empêché de sortir. »
Lacenaire sortit de prison. 11 était dans le dénument le plus complet. 11 parla à son protecteur de son désir de revenir au bien ; il l'assura qu'il regrettait le passé. M. Vigouroux lui donna des habits et quelques secours pour l'engager à persévérer dans ses bonnes résolutions. Il ne les tint pas longtemps. Il avait dit un jour cyniquement à M. Vigouroux :
« — Je ne suis pas un malheureux imprudent, mais un voleur de profession. »
A Poissy, Lacenaire avait coudo}'é des misérables dont les exemples et les leçons avaient laissé sur lui leur empreinte. 11 avait vu de près le vice et le crime : il ne sut pas échapper à ces souvenirs. Il noua des relations avec ses anciens compagnons de captivité. Tantôt il écrivait, colportant ses œuvres plutôt pour se faire admirer que pour gagner le pain de sa