PREMIÈRE PARTIE
journée; tantôt, quand la faim le mordait, quand le désir de l'or s'emparait trop vivement de son âme, il semait sa route d'escroqueries, de faux, de vols.
« — Mes faux ne m'ont rapporté que 2,000 fr., a-til dit lui-même, mais ceux-là seulement qui sont relatés dans l'acte d'accusation. Ceux qui m'ont le plus produit ne sont pas compris dans rémunération. »
C'était donc une industrie et non pas un accident dans son existence ; ses professions de commis-voyageur et d'écrivain public n'étaient pas sérieuses.
Un autre, qui, au temps de Lacenaire, a eu son heure de triste célébrité, Jadin, jouait au petit manteau bleu à ses moments perdus. Ce Jadin tenait avec une fille Rosalie un café rue Saint-Germain-l'Auxerrois. A ce commerce il joignait la profession beaucoup plus lucrative de voleur. Il excellait dans la fabrication des fausses clefs. Un jour il fut arrêté. La fille Rosalie le détermina à faire des révélations pour ne pas aller au bagne et faire son temps dans les prisons de Paris.
Quatre ans plus tard, grâce aux services qu'il avait rendus à la police, Jadin obtenait des lettres de grâce. Dès qu'il fut mis en liberté, il alla rendre visite au chef de la police de sûreté et le remercia, les larmes aux yeux, de toutes les bontés qu'on avait eues pour lui. Il ajouta qu'il avait la promesse d'être occupé par l'entrepreneur de serrurerie de la Roquette et que, sûr de gagner honorablement son pain, il voulait abandonner ses habitudes de débauche et fuir ses anciens camarades. Jadin était sincère et se croyait guéri.
Il travaillait depuis trois mois dans les ateliers de
M. Fontannier, lorsqu'il rencontra Séguin et Valhin, voleurs de profession, avec lesquels il avait « travaillé ».
Il leur raconta sa vie, ses résolutions, ses moyens d'existence ; ceux-ci accueillirent ses confidences par des plaisanteries. Le travail manuel n'était bon que pour les brutes et les imbéciles ! Ce n'était pas pour trois malheureux francs qu'un homme, un homme capable surtout, devait se ravaler et travailler du matin au soir ! Ils firent briller à ses yeux quelques bijoux, tinter à son oreille quelques pièces d'or, lui rappelèrent ses anciens succès et les orgies qu'ils avaient faites ensemble.
Réveillant tour à tour sa vanité, sa paresse, son amour du plaisir et de la bonne chère, ils firent évanouir ses résolutions en quelques heures. Jadin reprit avec fureur ses anciennes habitudes, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir à ses heures des élans de compassion.
Un jour, il entre dans une maison de la place Royale et monte l'escalier pour chercher une aventure. Une porte s'offre à lui, il frappe sans obtenir de réponse ; il frappe une seconde fois : même silence; il fait usage d'une fausse clef et pénètre dans la chambre; mais, à la vue du mobilier, il s'arrête stupéfait; des mesures en papier accrochées à un clou lui annoncent qu'il est chez une couturière; un mauvais lit, une commode vermoulue, quelques chaises boiteuses, tel est l'ameublement ; sur la cheminée une cage avec un serin dont la mangeoire est presque vide ; tout annonce la misère, mais tout est propre et rangé. « — Dieu me pardonne! s'écrie-t-il, celle que je