‹ Le monde des prisonsChapitre 26 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

venais voler est pauvre comme Job », et, fouillant dans sa poche il en tire les deux seules pièces de cinq francs qu'il possédait, les dépose dans la cage, et s'échappe.

Une autre fois, il s'arrête devant une maison de modeste apparence de la rue du Rocher, il grimpe les cinq étages d'un escalier étroit, humide, obscur; une porte est devant lui, il frappe plusieurs fois et entre à l'aide de ses fausses clefs. Là encore la vue de l'intérieur ne répond pas à ses espérances : un grabat et une armoire démantelée forment tout le mobilier; il trouve une mauvaise paire de draps et un livret d'ouvrier chapelier. Tout à coup un papier posé sur la cheminée frappe ses yeux : c'est un congé par huissier, donné au locataire à défaut de paiement d'un terme de 20 francs.

« — Vraiment, dit-il, en voilà un qui est plus malheureux que moi. »

Prendre sur le congé l'adresse du propriétaire, le nom du locataire est l'affaire d'un instant ; puis il se rend chez le premier.

« — Monsieur, lui dit-il, voici 20 francs que M. Durand, votre locataire, m'a chargé de vous remettre, en vous priant de vouloir bien retirer votre congé. Ayez l'obligeance de me donner la quittance- » Il sort, met la quittance sous enveloppe et l'adresse par la poste à l'ouvrier chapelier.

En revanche, le 1 er janvier 1839, il assassinait sans pitié une jeune fille qui l'avait surpris en train de « travailler ». Voici comment lui-même racontait cet « accident » :

« Le 1 er janvier, Fréçhard, avec lequel je m'étais

trouvé en prison, était venu me voir et me souhaiter la bonne année. Une politesse en vaut une autre : je l'emmène déjeuner chez un marchand devins, rue de l'Arcade. On cause, on boit, et à la fin du repas je lui propose de m accompagner à la prison de la Roquette où mon beau-frère était alors détenu.

« — Ce serait avec plaisir, répondit Fréchard, mais je ne puis sortir dans l'état de misère où je me trouve.

« — Bah! n'est-ce que cela? Viens avec moi, je vais te procurer des effets et de l'argent ; ce ne sera pas long. » Nous avions la tête échauffée par le vin, nous arrivons rue des Petites-Écuries.

« — Tiens, lui dis-je en lui montrant le numéro 41, voilà une belle maison dans laquelle il doit y avoir des bourgeois et conséquemment des domestiques. JPe vais aller rendre visite à la cambriole — chambre — de l'un d'eux. Attends-moi là, je ne serai pas long. »

« J'entre dans la maison, je monte l'escalier, la concierge court après moi pour me demander chez qui je vais, je lui jette le premier nom qui me passe par la tête et me voilà au cinquième étage. J'avais sur moi un tourne-vis. En une seconde, je force une serrure, d'ailleurs mauvaise comme toutes celles qui ferment les chambres de domestiques. Je fouille dans les meubles, je prépare le paquet que je veux emporter; mais à ce moment je me retourne et j'aperçois une jeune fille qui se met à crier : « Au voleur » ! Je me précipite sur elle, je comprime ses cris en lui mettant la main sur la bouche et je lui dis :

« — Taisez-vous ! de grâce, taisez-vous. J'ai déjà

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