PREMIERE PARTIE 6t
jardin, muni de tous les instruments nécessaires à l'effraction et à l'ouverture des portes.
« Un vieux portier gardait seul la maison. Je l'avais fait boire de manière à l'endormir. Je trouvai bijoux, argent, cachemires; je fis main basse sur le tout et j'allai à Paris vendre l'argenterie que j'avais fondue. On parla du vol dans les journaux et la chose en resta là. Un jour que j'étais absent, Autorita, qui avait le défaut de fouiller partout, trouva dans le recoin d'une armoire un des cachemires volés que j'y avais oublié. Il était à son goût, elle le mit sur ses épaules, et, comme il faisait beau, elle alla se promener dans le parc.
« Le malheur voulut qu'elle y rencontra notre vieille voisine, qui, reconnaissant son châle, tomba, furieuse, sur Autorita, le lui arracha en la traitant de voleuse, etc. La foule s'ameuta, la police intervint, Autorita fut jetée en prison malgré ses protestations d'innocence.
« Je fus reçu par les gendarmes à mon arrivée à Versailles, et conduit en prison à mon tour. La découverte de ce vol entraîna la découverte d'une partie de mes antécédents; mes juges m'envoyèrent à la cour d'assises, qui m'a condamné aux travaux forcés à perpétuité.
« Autorita m'est restée fidèle; elle a réuni le peu d'argent qui nous restait et a acheté ici un fonds de blanchisseuse. Elle me fait passer quelques secours qui, joints à ce que je gagne, me rendent la vie moins dure... »
Le vol est donc bien l'unique métier des voleurs de profession; tant pis s'ils sont quelquefois obligés de
tuer ceux qui les gênent. C'est un accident qu'ils regrettent, mais dont ils ne se reconnaissent nullement responsables. Ils sont en cas de légitime défense. Pourquoi les trouble-t-on dans leur travail ? Que la société leur accorde une place comme à tout le monde, quelle les laisse exercer en paix leur profession, et ils seront doux comme des agneaux. L'or n'a pas d'odeur. Pour en gagner tous les moyens sont bons, et les meilleurs sont les plus infaillibles; or, le métier de « grinche » est excellent. D'ailleurs ce métier exige de l'habileté, de la patience, un long et pénible apprentissage. Aussi rien ne le leur fera abandonner, devraient-ils, pour l'exercer, fouler aux pieds le corps de leur mère, vendre leurs filles, façonner au vice l'âme de leurs enfants; ils sont prêts à toutes les hontes, prêts à toutes les ignominies.