‹ Le monde des prisonsChapitre 34 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'évasion. — Une jolie famille. — Le .cabaret des Pieds humides. — Le jeune Molutor. — Le mauvais pauvre. — L'espion, — A l'école Bossuet. — A la Grande-Roquette.

Dans la nuit du 8 au 9 juin 1864, la nuit môme où Heidenrech dressait l'échafaud sur la place de la Roquette, pour l'exécution de La Pommerais, une évasion qui tient du prodige s'accomplissait à la Petite- Roquette, dans des conditions stupéfiantes d'audace et de succès.

Vers neuf heures du soir, un jugé, à peine âgé de treize ans, faisait sauter, à l'aide de son couteau, la toile métallique fixée à la partie supérieure de sa fenêtre, et sur laquelle s'applique le carreau mobile que le détenu peut ouvrir ou fermer à volonté, et à l'aide duquel se fait la ventilation de sa cellule. Il avait approché son lit de la fenêtre, et, grimpé sur une chaise posée sur le lit, il venait de passer avec précaution sa tête par cette ouverture pour inspecter la cour...

La cour est déserle.

Devant lui, dans la nuit profonde, se silhouettent

sur les fenêtres de la prison les masses sombres des monuments.

Dans l'intérieur de la prison, le silence est complet. Il perçoit à peine le va-et-vient monotone du gardien, dont les pas réguliers se scandent comme les battements d'une horloge.

Au loin, il entend sourdre une vague rumeur, indistincte d'abord, puis plus perceptible, à certains moments éclalante, pareille aux premiers remous du flot qui vient emplir la grève. Ces curieux qui déferlent sur la place de la Roquette, viennent voir mourir La Pommerais.

A cinq heures du matin, ce grand criminel, marié à peine depuis trois ans à une charmante femme, doit dire adieu à la vie.

C'est pour lui que les aides d'Heidenrech dressent l'échafaud.

C'est pour lui faire cortège que le « Tout-Paris », qui ne s'est pas couché, s'entasse sur la place de la Roquette.

Ces bruits, dont noire fugitif connaît la cause, le rassurent.

« — Tout le monde, pense-t-il, sera occupé de La Pommerais, les gardiens eux-mêmes courront à ce spectacle, personne ne songera à moi. »

Ayant jeté un dernier coup d'œil, il prend son parti. A reculons, passant les jambes en premier, par le vide de la toile métallique arrachée, il se laisse glisser à l'extérieur le long de la fenêtre, jusqu'à la corniche qui sépare le premier étage du second; un étroit et mince bourrelet de pierre courant le long de la façade.

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