CHAPITRE PREMIER
Trois catégories de voleurs. — Un mauvais fils. — Le « petit homme » d'Aurélie. — Maillot dit le Jaune. — M. Raspail et « les mômes » de Sainte- Pélagie. — Effectif de l'armée du crime en 1887. — Les bandes organisées. — Cornu. — Lacenaire. — Prévost. — Gamahut. — Dorangeon. — Un roi à la Grande-Roquette. — A l'avant-greffe. — Un « mirliflore du sépulcre ». — Lacenaire.— Duval. — Troppmann. — Jadin. — Cartouche. — Un galérien bon enfant. — Corbière. — Les voleurs de profession peints par l'un d'eux.
Les voleurs se partagent en trois catégories : les voleurs par accident, qui, après une première faute punie et expiée, rentrent dans le droit chemin ; les voleurs par accident qui récidivent sans se consoler de leur dégradation , et qui , chaque fois qu'ils retombent, se relèvent et s'efforcent de ne plus retomber; enfin les voleurs de profession, que cette profession soit un legs de famille, ou qu'elle leur ait été suggérée par les circonstances; ceux, dont le vol est Tunique métier, à tel point qu'on les élonne singu-
lièrement lorsqu'on leur laisse entendre qu'ils devraient en changer, parce qu'il est infâme.
Ce sont ces trois catégories de malfaiteurs que je présente au public.
J'étais aumônier de la Grande-Roquette depuis quelques jours seulement. Un détenu demande à me parler pour affaire urgente.
A peine entré dans la sacristie, — lieu ordinaire des audiences de l'aumônier, — ce détenu se met à fondre en larmes.
« — Oh! monsieur l'aumônier..., je ne suis qu'un misérable!... et ses sanglots redoublent.
« — Voyons, calmez-vous, mon ami, de quoi s'agit-il?
« — Je suis condamné aux travaux forcés pour six ans..., j'ai cinquante ans... Jamais je ne reverrai la France... Je n'ai d'ailleurs que ce que je mérite... Seulement, j'aurais une grâce à vous demander... Je voudrais embrasser ma mère avant de partir. . . Pauvre mère! lui ai-je fait de la peine!... Oh! c'est horrible ! Pourriez-vous lui écrire ? Ma mère est très dévote, et un mot de vous la déciderait. »
Le soir même, je faisais part à cette mère du repentir et du désir de son fils.
Quelques jours après, elle me répondait :
43 novembre 188 .
« Monsieur l'aumônier,
« Merci de votre bonté pour l'infortuné que je suis obligée d'appeler mon fils. Vous ne savez pas, vous