‹ Le monde des prisonsChapitre 5 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ne saurez jamais ce que cet enfant non-seulement m'a fait, mais m'a causé de mal et de chagrins domestiques, précisément parce que je ne voulais pas le laisser dans l'isolement. Aussi suis-je bien de votre avis sous ce rapport; mais notre prodigue ne peut pas dire qu'on Ta jamais négligé ; je suis allée le voir un peu partout où il était, le sermonnant le plus souvent entre deux baisers; mais, bêlas! que de fois je l'ai vu insensible à mes caresses et à mes larmes. Il y a longtemps, monsieur, que cet enfant me fait gémir.

« Il avait à peine sept ans qu'il volait ce qu'il pouvait dans les jardins; les punitions n'ont pas abouti.

« A dix ans, il prenait les plus belles robes de sa sœur pour les étendre dans son lit et y faire des vilenies.

« A douze ans, il prenait 2 fr. dans le secrétaire de son père.

« Après sa première communion, il fut placé chez un épicier àB..., qui le considérait comme son fils; il vola, et on nous le renvoya sans bruit , à cause de nous.

« Un prêtre de mes amis, voulut bien se charger de le placer chez un autre épicier. Peu de temps après, il m'écrivit de l'aller chercher : il avait fait comme chez son premier patron.

t De là je le conduisis chez un riche fermier, qui voulut bien le mettre au pair avec ses fils, jeunes gens parfaitement élevés et très-instruits. Là encore, il me fallut l'aller chercher.

« Ce fut alors qu'il demanda à s'engager. Pour cela je le laissai à B...

« Deux jours après il arrivait chez nous pour nous dire adieu, « car, disait-il, mon engagement est signé ». Son père et moi nous pleurions; en le quittant, on lui mit 70 francs dans la main avec la promesse de lui envoyer d'autre argent, s'il se conduisait bien. Six semaines après, ma fille aînée, qui habite T..., nous écrivit pour nous dire qu'Auguste nous avait trompés, qu'il n'avait pas reçu son engagement et que l'argent que nous lui avions donné avait servi à faire la noce, qu'il regrettait vivement sa faute et qu'il demandait à rentrer chez son père.

« Il revint en effet, mais cette vie de travail le fatiguait : il devint sombre; il murmura contre ce père qui ne lui disait rien, mais se cpntentait de lui donner l'exemple du travail. Les caresses de sa sœur, les gâteries de sa mère ne purent rien sur cette nature rebelle.

« Il demanda de nouveau à s'engager, ce qui lui fut accordé; mais alors ce fut moi qui l'accompagnai jusqu'à ce qu'il fût accepté, et comme toujours, il essaya de me tromper, en me disant que je pouvais partir, puisque la voiture me donnait une heure d'avance, mais un prêtre qui l'avait connu lui demanda sa feuille qu'il refusa; celui-ci insista si fort qu'il dut céder et au lieu de partir le lendemain, il fallait qu'il partît à quatre heures, le soir même ; nous n'avions que le temps de le conduire à la gare ; il parut vivement contrarié, parce que, s'il avait pu me décider à prendre la voiture, il aurait reçu l'argent que je devais lui donner et eût mené joyeuse vie le reste de la soirée.

« 11 était dans la marine. Un an après, on l'en-

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