PREMIÈRE PARTIE
mystère de planer plus épais, plus impénétrable sur les disparitions.
Cependant, déjà deux montres, une pipe, trois ou quatre porte-monnaie avaient disparu, sans que leurs propriétaires aient jamais pu remettre la main dessus. Un ouvrier se dévoua, fit le guet à l'heure du déjeuner et surprit le petit Molutor en train de barboter, a — Ah ! gredin, je t'y prends ! »
Le petit criminel ne pouvait nier.
Le vieux jeta les hauts cris.
« — On lui en voulait, un si honnête homme ! si rangé I qui n'avait jamais fait de tort à personne ! Enfin, c'était bien malheureux ! Quelqu'un avait dû pousser son gosse à faire ce mauvais coup, pour lui faire perdre sa place, un enfant si sage, si poli, qui ne courait jamais, qu'il élevait si bien, c'était abominable! »
Le vieux Molutor eut beau le calotter, Je trépigner, le traiter de vaurien, de va-nu-pieds, de sac àcorde, * lui prédire qu'il périrait sur l'échafaud, se confondre en larmes, en expressions de repentir, le moutard eut beau pleurer, jurer ses grands dieux que jamais plus il ne recommencerait, qu'il ne croyait pas mal faire, quelqu'un qui avait couru au garni du vieux Molutor, en rapporta les objets volés. Le père protesta qu'il n'avait connaissance de rien, qu'il était bien malheureux... la preuve était faite.
Le patron feignit d'avoir pitié de lui, et, comme les ouvriers l'en prièrent, il le renvoya sans porter plainte.
« — Allez vous faire pendre ailleurs, et que je n'entende plus parler de vous. »
Molutor fit semblant de fondre en larmes, et sortit, heureux d'en être quitte à si bon marché.
C'est alors que commença, pour lui, une vie misérable et errante, de longs jours sans manger, des nuits froides passées à la belle étoile ; il connut ces angoisses du malheureux qui craint toujours de tomber entre les mains de la police, et qui ne sait comment lui échapper; vie odieuse, insupportable, misère sans fin et sans issue. Son aventure avait été vite connue ; aussi eût-il de la peine à rester dans les ateliers où on voulait bien l'accueillir. Son gamin roula d'atelier en atelier, et finit bientôt par abandonner son père, qui, plus que jamais, traîna, en haillons, sans ressources, et alla grossir l'armée des sansouvrage.
Rebuté de partout, Molutor se fît mendiant. Il mendia d'abord à la porte des églises. Mais, comme il n'était pas connu de la clientèle et de la valetaille des porches pieux, il en fut brutalement chassé, lorsqu'un soir, le hasard le conduisit dans la rue de la Calandre, au cabaret du Gras-Double.
Les tronçons de la rue Mouffetard offraient, à cette époque, sur sa montée, les débris de petites rues remplies de nombreuses bibines , anciens reposoirs de chiffonniers.
De la place Maubert à l'extrémité de la rue de la Calandre surgissaient des cabarets fétides, des hôtels garnis, dont les habitués et les locataires avaient leurs noms inscrits dans les annales judiciaires et dans les archives de la police.
Le fretin des impures et des déclassés de tout