PREMIERE PARTIE
genre se réfugiait dans ce quartier immonde, au fond des rues Julien-le-Pauvre, du Fouarre et des Anglais.
Dans cette dernière ruelle, il faisait presque nuit en plein jour.
Les garnis en étaient le plus bel ornement, ils étaient occupés par des brocanteurs, des marchands de chiffons; des débitants de consolation, dont la plus sérieuse clientèle était composée de voleurs.
Les honnêtes habitants qui occupaient, par exception, ces garnis, étaient exposés à de cruelles surprises.
Profitant de l'absence de son voisin d'un garni de la rue des Anglais, un jour, un malfaiteur, après avoir, par précaution, vainement frappé à la porte vis-à-vis de la sienne, pénétra dans le logement à l'aide d'un rossignol.
La porte refermée, il visita les meubles sur lesquels on avait laissé les clefs; il explora les coins et recoins, ne trouvant ni argent ni valeur, il se disposait à s'habiller, des pieds à la tête, aux dépens du locataire.
Il avait choisi, dans sa garde-robe, un pantalon, un gilet, un paletot, un feutre, une paire de bottines; déjà il avait posé délicatement, sur le lit, une chemise de toile.
Au moment où, nu comme le premier homme, il allait changer de linge, un bruit de pas retentit dans l'escalier. Il prête l'oreille, les pas se rapprochent, on s'arrête, on introduit une clef dans la serrure.
Vite, notre larron se baisse et disparaît sous le lit. La porte est ouverte, on entre. Il voit le bas des
jambes de la personne qui va et vient dans la chambre d'un pas précipité. Blotti sous le lit, le voleur ne bronche pas, fort inquiet sur l'issue de sa mésaventure.
A peine cinq minutes se sont-elles écoulées que la personne se dirige vers la porte et descend. Le malfaiteur sort précipitamment de sa cachette.
guignon ! la chemise n'est plus sur le lit. Les vêtements qu'il a mis de côté ont disparu. Réduit à reprendre ses anciens effets, il va au pied du lit où il les avait préalablement déposés.
Redoublement de guignon ! Oh les avait emportés! Pour comble de malheur, la garde-robe avait été complètement dévalisée, la commode n'avait plus vestige du moindre linge.
L'individu que le voleur avait pris pour le voisin était un deuxième larron, qui avait fait un paquet du tout.
Pendant qu'il réfléchissait au moyen de se tirer d'embarras, le véritable locataire survient. En voyant le désordre qui règne dans sa chambre, il comprend qu'il est victime d'un vol récent; car il n'était resté absent qu'une demi-heure.
Le premier voleur volé n'avait eu que le temps de se retirer dans un cabinet noir attenant à l'alcôve du lit. Instinctivement, le locataire va droit à ce cabinet et se trouve face à face avec le quidam en état de nudité complète, interdit et confus.
Ne pouvant rien en tirer qui pût expliquer sa présence, le voisin lui intime Tordre de le suivre au poste, sans lui permettre de revenir dans sa chambre, de peur de lui laisser le temps de soustraire ses effets sortis de sa commode.