PREMIÈRE PARTIE
voyait dans un régiment de discipline, qu'il ne quitta que pour revenir me faire verser de nouvelles larmes.
« Il voulait être boulanger; il changea de patrons fort souvent, toujours en laissant des dettes et en commettant de mauvaises actions.
« Il se fit mettre en prison sept à huit fois; deux fois pour vilenies commises dans le lieu saint. Ohî monsieur l'abbé, le vol est affreux, mais insulter Notre-Seigneur jusque dans son temple est bien épouvantable; aussi cette pensée me poursuit comme un cauchemar et c'est moi qui suis la mère d'un pareil monstre ! Je ne sais que faire en réparation d'un tel scandale ; j'ai souvent crié pardon et merci devant l'image du divin Crucifié, lui demandant ce qu'il voulait que je fasse, tout en le conjurant d'avoir pitié du coupable.
« Oh ! non, non, Auguste n'a point été livré à luimême; je me suis attiré bien des reproches amers pour avoir voulu l'aller voir. Une fois, je suis allée le trouver à la prison de C...; la veille, je lui avais donné rendez-vous à la gare, car je comptais l'emmener chez nous. «Nous déjeunerons à l'hôtel, lui avais-je dit. » Le lendemain, je me trouvais au rendez-vous, mais lui ne vint que trois heures plus tard ; il avait bu et mangé à la gargote, quand moi, qui l'attendais, j'étais à jeun.
« Quelques mois après, il vint se faire prendre par les gendarmes dans les greniers de son père; il avait dit à des voisins qu'il le ferait exprès pour nous déshonorer; cette fois, il en eut pour trois ans à F... Au bout de ce temps, j'allai encore au-devant de lui
jusqu'à T..., où il voulut rester; je m'engageai à revenir le voir s'il était raisonnable.
« Pendant un mois, il se tint tranquille, il avait une place avantageuse; j'étais tout heureuse, j'espérais. Je fus à T... Hélas! il n'y était déjà plus et personne ne savait quelle route il avait prise. Six mois après, il m'écrivit qu'il était placé pour longtemps et au bout de deux mois, il était au troisième patron; là pourtant il resta six mois. Il en profita pour nous écrire avec une sorte d'insolence qu'il se conduisait bien, que nous n'avions rien à lui demander de mieux, qu'il voulait être à son compte; qu'en conséquence, nous ayions à lui verser une dot égale à celle qu'on avait donnée aux autres, qu'il avait une boulangerie eh vue..., etc.
« Pour avoir la paix, son père voulait lui écrire qu'il pouvait traiter, qu'il lui enverrait 2 à 3,000 fr. pour commencer. J'engageai mon mari à aller luimême voir ce dont il s'agissait, et à lui donner le secours de son expérience. Auguste gagna son père, qui lui donna en trois fois 5,000 fr. Il écrivait qu'il payait bien ses meuniers et que ça allait tout seul.
« Huit jours après le dernier argent qu'il avait demandé pour payer une dernière traite, il s'enfuit dès qu'il l'eût reçu et le dépensa en orgies en trois ou quatre jours, ainsi que 700 fr. qu'il avait à lui et les bijoux qu'il avait achetés à l'avance sans savoir sïl serait accepté dans une famille où il s'était présenté, lesquels bijoux, composés d'une montre en or, d'une chaîne idem, broche, pendants d'oreilles, bagues, furent donnés à des chanteuses ambulantes.
« Dès qu'il se vit perdu, il partit encore sans que