PREMIÈRE PARTIE
pas quitté Paris. J'étais resté à mon poste, à l'école Bossuet.
Le lundi matin j'appris la bonne nouvelle.
Le mercredi matin, à six heures, une vingtaine de communards forçaient notre porte, 19, rue d'Assas. J'étais déjà occupé avec le citoyen Varlin, membre de la Commune, qui venait faire une perquisition dans la crypte de la chapelle. Au moment où je le reconduisais, j'aperçus cette troupe, qui se pavanait dans la cour. Je m'avançai. Un des hommes, se détachant du groupe, vint à moi. Je ne portais pas le costume ecclésiastique, j'étais en vêtements civils.
« — C'est vous, me cria-t-il, qui êtes le patron de cette cambuse, citoyen?
« — Oui, c'est moi.
« — Ah ! eh bien ! nous venons nous y installer. Tenez, voyez-vous cette cheminée — et il me montra une maison de la rue de Rennes en construction, mitoyenne avec le mur de l'école Bossuet — j'ai passé la nuit là-dedans, et ce que j'y ai dégoté de "Versai liais, je ne vous dis que ça. J'ai vu ce matin votre cambuse, et je me suis dit :
« — Là-dedans, on peut tenir un siège. Me voilà. Y paraît que c'est une bondieuserie ? Tant mieux. On verra à la faire sauter après. Hum! Qu'en dites-vous, citoven ? »
Je l'avais laissé causer sans l'interrompre, et je cherchais à retrouver dans mes souvenirs où j'avais déjà rencontré cet homme. Ce son de voix ne m'était pas inconnu , et il n'y avait pas longtemps que je l'avais entendu. Où? mes souvenirs étaient confus....
« — Ce que j'en dis, citoyen? Mais d'abord, avezvous des ordres ? Qui êtes-vous ?
« — Qui ? Ah î mon gaillard, regardez-moi cette poitrine ». Sur sa vareuse s'étalaient quinze ou vingt médailles.
« — Ça ne vous dit rien ? »
Et de sa main il secouait avec prétention sa ferblanterie.
• « — Non. Dites-moi qui vous êtes, cela vaudra mieux, et montrez-moi votre ordre de réquisition. Je sors d'avec le citoyen Varlin qui ne m'a nullement parlé d'une occupation militaire quelconque.
« — Le citoyen Varlin, je m'en f.... comme de ma première chemise! Est-ce pas, les amis?
« — Oui ! oui ! vive le commandant ! hurlèrent les gars qui s'étaient rapprochés de nous.
— Bataillon du père Duchesne! me dit alors avec emphase l'homme aux vingt médailles, et moi, Molutor, son commandant.
« — Vive le commandant I »
Molutor ! ce nom me remit en mémoire ma mésaventure du 24 décembre 1870. Le commandant du bataillon était bien mon franc-voleur de la guerre.
« — Tiens, lui dis-je négligemment, j'ai connu un de vos parents sans doute, car il portait le même nom que vous; pendant la guerre, il était franc-tireur sous les ordres du commandant Poulizac.
« — Eh! ce parent, c'était moi-même, dit-il en riant péniblement. Tiens, moi, je ne vous connais pas... Mais, c'est pas tout ça. Il s'agit, les amis, de se mettre à l'œuvre, dit-il brusquement, et comme cherchant à éviter une confrontation.