PREMIÈRE PARTIE
otages à la Grande-Roquette. Lorsque Tordre de massacrer les otages fut donné, je me joignis au peJoton d'exécution. On fit descendre les otages par le petit escalier de secours. On devait les fusiller au bout du chemin de ronde, au bas de l'infirmerie. On avait peur que les otages qui étaient à l'infirmerie ne les vissent. On rebroussa chemin et on les conduisit au second chemin de ronde. L'archevêque avait l'air très crâne. 11 donnait le bras à M. Bonjean. Au moment où il franchit* la petite porte, j'étais à côté de lui et je l'entendis qui disait :
« — Ce ne sont pas ces hommes-là qui sont coupables, c'est M. Thiers. »
J'étais à côté de Ferré quand on commanda le feu. Je n'ai pas tiré; mais, si on me l'avait commandé, je n'aurais pas hésité. J'étais complètement ivre de rage. Je ne savais plus ce que je faisais. Je courus auPère- Lachaise et je me battis jusqu'à la fin. Je fus fait prisonnier, conduit à Versailles et condamné à mort. On m'a commué, je ne sais pourquoi. J'ai passé neuf ans à la Nouvelle. Je suis revenu après l'amnistie. Je n'ai pas trouvé de travail. J'ai volé ! On m'a condamné à six mois. Je ne sais pas ce que je ferai en sortant. J'ai cruellement souffert à la Nouvelle. Je ne suis plus bon à rien. Il faudra cependant vivre. »
A ce moment, sa figure exprime une haine féroce. J'essaie de le calmer. Tout d'un coup il se lève et part.
Molutor a quitté la Grande-Roquette. Un jour ou l'autre il y reviendra, et ce ne sera pas pour une petite affaire.