PREMIÈRE PARTIE
sescheveux blancstaillés en brosse, ses favoris courts, ses lèvres et son menton soigneusement rasés lui donnaient l'air d'un officier en retraite. Quand il pénétra dans la cellule, la lutte était effrayante.
« — Eh bien ! Verger, lui dit-il lentement, le fixant de son œil clair, il paraît que vous ne voulez pas venir de bonne volonté, nous allons donc vous emmener de force? »
Verger regarda cet homme en tremblant. Il eut peur et se laissa garrotter; puis, sans dire un mot, il le suivit.
On le conduisit à l'avant-greffe pour la toilette.
« — Oh ! mon Dieu, s'écria-t-il en se tordant sur le tabouret où il était assis, est-ce triste de mourir sans parents, sans amis, abandonné de tous !
« — Verger, lui dit aussitôt l'abbé Hugon, tous vos amis ne vous abandonnent pas — et, lui montrant le crucifix, — en voici» Un qui pense à vous, qui vous aime, qui vous attend, le reconnaissez-vous?» Et Verger, prenant le crucifix, l'approcha de ses lèvres.
« — C'est bien, lui dit l'aumônier, je vois que vous m'avez compris. » Et, l'attirant doucement dans un coin de l'avant-greffe, il lui donna l'absolution.
« L'échafaud, a écrit Victor Hugo, quand il est dressé et debout, a quelque chose qui halluciné. Qui l'aperçoit frissonne du plus mystérieux des frissons. Le lendemain de l'exécution, Tévêque parut accablé. Par moments il bégayait des monologues .lugubres. En voici un que sa sœur entendit un soir et recueillit : « Je ne croyais pas que cela fût si monstrueux. »
J'aj senti ce frisson au réyeil de Michel Campi,
Jamais je n'ai éprouvé d'angoisse aussi profonde, jamais je n'ai été autant obligé de calmer mes nerfs.
Je ne croyais pas que cela fût si monstrueux, ni que le réveil d'un condamné à mort fût si épouvantable.
Campi s'était couché confiant, rêvant peut-être de l'avenir.
Tout à coup on l'éveille, on l'arrache à son rêve, et brusquement on lui crie : Tu vas mourir/
Jamais je n'oublierai l'égarement, la pâleur cadavérique dont ce visage fut aussitôt envahi.
« — Campi! Campi I répéta par deux fois le directeur.
« — Qu'est-ce que tout ce monde? dit -il en se dressant sur son séant.
« — Votre pourvoi a été rejeté... Allons, mon garçon, il faut être courageux. »
Campi était devenu livide. Ses yeux hagards se promenaient sur toutes les personnes présentes, sans en fixer aucune. Au bout d'une minute, il sembla faire effort pour réunir ses idées, il secoua ses couvertures et se mit à genoux sur son lit... Un tremblement nerveux secouait ses membres, comme si un fluide électrique les traversait ; il fit plusieurs fois le geste de l'agonisant qui ramasse ses draps et passa la main sur son front. Sa respiration était bruyante, saccadée; une sueur abondante inondait son visage. Serrant les dents pour en réprimer le claquement, il s'assit sur son lit. On lui passa ses vêtements. Tout en s'habillant, il nous regardait d'un regard atone, hébété. Il faisait d'étonnants efforts pour rester maître de lui.
« — Donnez-moi de l'eau, que je me lave la figure »,