‹ Le monde des prisonsChapitre 63 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

commanda-t-il de ce ton impérieux qu'il employait volontiers vis-à-vis des personnes de la prison.

Le sous-brigadier prit de l'eau dans un geigneux * et lui en jeta sur la figure.

« — Vous ne pourriez pas me donner de l'eau autrement, sur une serviette? »

On lui passa une serviette. Tout en s'essuyant, il lançait autour de lui des regards farouches et menaçants.

Le réveil de Marchandon fut d'autant plus terrible que, lui aussi, comptait sur aa grâce. N'avait-il pas fait dire une messe à cette intention?

Quand on entra dans sa cellule, il se souleva sur son lit, retomba, pris d'un tremblement nerveux.

L'abbé Scala, aumônier de la Petite-Roquette, s'approcha de lui, et essaya de lui faire reprendre courage. Mais le malheureux ne l'entendait pas.

Un instant il parut revenir à lui et fit signe à l'abbé Faure de s'approcher. Il lui murmura quelques mots à l'oreille. C'était pour lui demander d'envoyer à sa mère une photographie avec son dernier souvenir.

Malgré ses efforts, Marchandon se sentait défaillir; ses jambes se dérobaient. En franchissant le seuil de^ la prison, il manqua de tomber. Les deux prêtres furent forcés de lui prendre les bras et c'est presque en le portant qu'ils lui firent franchir les huit ou dix mètres qu'il avait à parcourir.

Avec ses cheveux courts, sa barbe complètement rasée, son cou dégarni, Marchandon avait l'air d % un enfant de quinze ans. La pâleur mate du teint, le men-

1 Petite cruche à l'usage des détenus.

ton fuyant qui diminuait le visage ajoutaient encore à Tillusion. Il avait les yeux égarés et ne semblait plus se rendre compte de ce qui lui arrivait. Sur la bascule, une révolte de la chair se produisit, mais sa tête fut emprisonnée dans la lunette et le couteau tomba.

La peine de mort est donc une peine redoutable, maïs pour qu'elle soit un remède efficace, il faudrait d'abord qu'elle fût en vigueur. Or elle ne Test plus, c'est pourquoi elle n'intimide plus les coquins.

On a calculé qu'à l'heure actuelle, sur 400 criminels de profession, qui passent devant les assises, 92 sont exonérés par le jury avec les circonstances atténuantes; 8 sont condamnés à mort; 3 seulement sont exécutés. En 4826, 72 criminels ont été exécutés en France; en 1880, il n'y en a eu qu'un seul, Ménesclou ; en 1881, encore un seul, Lantz; — et encore ni Ménesclou, ni Lantz n'étaient des voleurs de profession; Ménesclou avait coupé en morceaux une enfant de quatre ans, à laquelle il avait fait subir les derniers outrages ; Lantz avait tué son père ; — pas un seul en 4882, ni en 1883 ; un seul en 1884, Michel Gampi.

A l'heure où j'écris ces lignes, vingt-sept condamnés à mort attendent dans leur cachot la décision du chef de l'État. Il y a longtemps qu'on a vu en France un aussi grand nombre de condamnés à mort à la fois.

Combien seront exécutés?

11 y a d'abord quatre femmes : la femme Piel, qui assassina, le 15 août dernier, deux vieillards septua-

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