‹ Le monde des prisonsChapitre 64 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

génaires; la femme Rosalie Lecat, qui fit tuer son mari par son amant; la fille Baudet, cette ancienne prostituée qui, vieillie, usée, sans le sou, vendit à un ignoble satyre un petit enfant de cinq ans qu'elle égorgea ensuite pour l'empêcher de rien dire; enfin la femme Thomas qui, avec son mari et ses frères, brûla vive leur vieille mère, en Sologne.

Depuis de nombreuses années, pas une femme n'a subi le dernier supplice. Si bien qu'une légende s'est formée. Le peuple livide des escarpes et des assassins s'imagine volontiers que la loi n'ose plus frapper « le beau sexe ». Une galanterie de la guillotine! Et cette croyance est si enracinée, que le président de la cour d'assises de la Vienne ayant dit à la fille Baudet : . <

« — Vous saviez bien que vous seriez punie de mort?

La fille Baudet répliqua :

« — Je croyais en être quitte pour quelques années de prison. *

Je ne m'explique pas ce code du pardon appliqué aux femmes criminelles. Est-ce pour ne pas montrer à la foule le spectacle effroyable d'une femme montant à lechafaud ? Est-ce au contraire une galanterie macabre envers « la plus belle moitié du genre humain? » comme disait Desmoustiers.

Il faut être logique. Si on veut supprimer la peine de mort pour les femmes, alors qu'on rétablisse la peine du talion.

Je suppose que M me Chabanacy pénètre demain dans la cellule de la misérable Baudet et qu'elle lui inflige Je même supplice que son enfanta subi, qu'en-

suite elle comparaisse devant des jurés et dise :

« — Messieurs, il est clair que j'ai eu tort de me faire justice. Mais je sais qu'aujourd'hui on n'exécute jamais les femmes. Eh bien ! j'ai voulu que celle qui a tué mon enfant fût tuée; j'ai voulu qu'elle souffrit ce que mon enfant avait souffert. » Quelle voix s'élèverait pour la condamner, quel juge oserait dire : « Cette mère est criminelle parce qu'elle s'est vengée? »

Dans la prison de Limoges se trouve Simonnet, l'assassin de la veuve Lavaud, condamné à mort le 1 er décembre parla cour d'assises de la Haute- Vienne.

Si cette affaire a fait peu de bruit à Paris, elle a causé une grande émotion dans tout le Limousin.

Le 4 février dernier, vers onze heures du soir, Simonnet tuait, dans un cabaret de Limoges où il avait pénétré pour voler, la veuve Lavaud et son gendre.

Il fut arrêté à Bourges, où il commit un vol avec effraction quelques jours après.

L'assassin avait lui-même raconté son crime dans sa cellule à un de ses co-détenus.

Simonnet a des antécédents déplorables : il a subi quatre condamnations dont une à cinq ans de réclusion pour vol qualifié, puis a été condamné successivement à Ghâteauroux et à Bourges, « deux fois à vingt ans de travaux forcés et en dernier lieu à perpétuité », par contumace.

Quelqu'un qui a vu Simonnet dans son cachot m'assure qu'il a une entière confiance dans la clémence du président de la République.

A Versailles, à la prison des Chantiers, Leduc, condamné deux fois à mort parla cour d'assises d'Eure-

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