PREMIÈRE PARTIE
«chée. Il sembla aux personnes les plus rapprochées que le corps avait frémi.
Les hurlements de la multitude devenaient menaçants.
Aveuglé par le sang qui avait jailli, Sanson brandit son arme pour la troisième fois et rabattit avec une sorte de frénésie.
Enfin, la tête de M me Tiquet vint rouler à ses pieds.
En 1833, au mois de septembre, François Roch reçut Tordre de se transporter, ainsi que son frère Nicolas, à l'endroit dit de Peirebeilhe, afin d'y assister Pierre Roch, exécuteur de l'Ardèche, qui avait à procéder à l'exécution de Martin, dit Leblanc ; de Marie Breysse, sa femme, et de Rochette, surnommé Fétiche, les terribles aubergistes de Perebeilhe, qui, après vingt-six ans d'assassinats, étaient enfin lombes sous la main de la justice. Les condamnés devaient partir de Privas. Ce terrible voyage ne dura pas moins de trois jours. Les condamnés partirent le 29 septembre, à cinq heures du matin, accompagnés d'un prêtre.
Le funèbre cortège se mit en route, accueilli sur son passage par les malédictions de la foule. Toute la campagne des environs était couverte de groupes accourant à la hâte.
Sur la route, de distance en distance, s'établissaient des cantines et des boutiques de marchands ambulants.
Déjeunes garçons, placés en sentinelles sur la pointe des rochers, signalaient l'apparition du cortège.
Tandis que le convoi s'éloignait de Meyres, la der-
nière étape des condamnés, une voiture occupée par quatre personnes s'arrêtait sur laplacedePeirebeilhe, déjà envahie par la multitude. Ces personnes étaient les exécuteurs et leurs aides.
Lorsque la sinistre machine fut dressée, et que les exécuteurs en eurent minutieusement examiné le jeu, les aides tirèrent du fourgon trois bières de sapin peintes en noir, et les placèrent au pied de l'échafaud.
Les linceuls étaient dans les bières, et les fossoyeurs, qui avaient déjà creusé les fosses étaient là dans l'assistance, attendant leur charge.
Tout à coup un murmure lointain se fit entendre. C'étaient les condamnés qui arrivaient.
Peu d'instants après, la charrette et sa nombreuse escorte arrivèrent sur le plateau.
Leblanc aperçut la guillotine et avec calme s'écria dans le patois du pays :
« — A qui nostro mort. »
Un profond silence succéda au tumulte. Un cercle immense se forma autour de l'échafaud; vingt-cinq mille personnes environ étaient assemblées.
Les trois Roch montèrent dans la voiture des condamnés pour procéder à la toilette.
Puis Marie Breysse fut descendue la première. Elle n'avait plus la force de pleurer, seulement elle répétait d'une voix défaillante :
« — Oh mon Dieu !... oh mon Dieu !.. »
Les valets de l'exécuteur voulurent la soutenir ; elle les repoussa et monta d'un pas assuré.
Leblanc regarda d'un œil sec comment sa femme mourait.