‹ Le monde des prisonsChapitre 72 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il lai succéda avec une contenance impassible. Avant de se coucher sur la planche fatale, il jeta un regard amer sur sa maison fermée.

Deux minutes après, il n'était plus.

Jean Rochette suivit ses maîtres, il ne les avait pas vus tomber. La paupière rouge, se soutenant à peine, il gravit d'un pas chancelant l'escalier. On entendit ses sanglots couvulsifs jusqu'au moment où sa tête alla rouler auprès de celles de ses complices.

Tandis que les derniers témoins de cet épouvantable drame s'éloignaient, une femme vêtue de deuil, qui s'était tenue cachée, tourna l'angle de l'auberge et s'avança résolument vers l'échafaud.

Les exécuteurs et leurs aides déposaient dans leurs bières les corps des suppliciés.

A la vue de cette femme qui s'approchait, Nicolas Roch suspendit sa besogne.

« — Que voulez-vous? lui demanda-t-il.

« — Je suis la fille de Martin Leblanc, dit-elle, je me nomme Catherine X... et je viens réclamer le corps de mon père et de ma mère. »

Nicolas Roch accéda à la demande de la malheureuse femme, qui ensevelit les troncs décapités sans s'effrayer du sang et de l'expression hideuse de ces restes mutilés.

Elle approcha ses lèvres du front de son père et de sa mère, se mit à genoux, et pria.

Sa prière terminée, elle s'éloigna.

Quelqu'un demandant à Roch s'il n'avait jamais éprouvé d'émotions.

« — Ma foi non, répondit-il, je fais mon métier consciencieusement; jamais aucun reproche ne m'a

été adressé dans mon service si ce n'est à l'occasion de cette triple exécution pendant laquelle mon père m'appela maladroit, parce que j'avais laissé échapper la tête de la femme qui roula loin de l'échafaud ; sans plus m'émouvoir, je descendis de la plate-forme et allant prendre la tête, je la jetai dans le panier. »

« Ce fut à l'exécution de Troppmann que l'occasion de faire la connaissance de Nicolas Roch me fut offerte, a raconté M. Laurens. Tout d'un coup je sens qu'on me frappe sur l'épaule, je me retourne et me trouve en présence d'Heidenrech.

« — Si vous voulez venir demain avec moi, me ditil, je vous emmène à Beauvais. Un de mes confrères a un parricide à faire et je vais lui prêter la main.

« — J'accepte, répondis-je.

« — Eh bien ! à demain matin, neuf heures trente à la gare du Nord. »

Le lendemain jeudi, à l'heure dite, je me rendis dans la salle des Pas-Perdus de la gare du Nord, où se trouvaient déjà les aides d'Heidenrech, et où ce dernier ne tarda pas à arriver lui-même.

11 vint à moi et m'invita à le suivre ; mais, comme modeste voyageur, j'avais pris un billet de deuxième, je dus retourner au contrôle pour opérer l'échange de ma place en une première, le maître étant pourvu d'un permis de circulation qui lui donnait le droit de cette place.

Nous voilà enfin partis et filant à toute vapeur vers Beauvais; les aides d'Heidenrech étaient montés dans un compartiment de deuxième. Le voyage me parut

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