‹ Le monde des prisonsChapitre 73 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

fort court, grâce à la conversation très intéressante de M. de Paris.

L'arrivée d'Heidenrech était attendue, on le reconnut, nous fûmes vile entourés. Une voiture nous déroba à cette curiosité malsaine et, peu d'instants après, nous étions installés dans un hôtel situé sur la route d'Amiens.

Heidenrech s'informa si son confrère n'était pas arrivé ; on lui répondit affirmativement et bientôt nous vîmes entrer dans la salle où nous nous trouvions un homme qu'Heidenrech me présenta comme le bourreau d'Amiens.

a — Nicolas Roch, mon collègue, que je viens assister dans son travail de demain matin », me dit-il.

Le nouveau venu était un homme de taille ordinaire, ayant une physionomie assez, douce, mais rien de la distinction de manières et de tournure qu'on remarquait chez Heidenrech, A cette époque, il portait aux oreilles un ornement assez original : c'étaient des anneaux d'or : l'ensemble du personnage donnait assez l'opinion qne l'on se forme d'un compagnon charpentier; néanmoins, il avait la mise soignée, il était correctement vêtu de noir comme pour porter le deuil de ceux qu'il était obligé de frapper.

A cinq heures on vint nous prévenir que nous étions servis et bientôt après j'étais attablé côte-àcote avec sept exécuteurs ou aides qui se mirent à causer de leur grande affaire du lendemain.

Heidenrech demanda à Itoch où il avait remisé ses bois ; celui-ci répondit qu'il les avait laissés sur une charrette qui les lui avait amenés d'Amiens et que,

pour le moment, ils étaient exposés aux regards du public devant la porte de l'hôtel.

« — Je ne commencerai à monter que vers deux heures du matin ; un piquet de cavalerie appartenant au 2 e hussards doit protéger mon travail; je le crois bien inutile car il fait froid, nous n'aurons pas beaucoup de curieux.

« — Quelle heure, la toilette?

« — Six heures et demie.

« — Avez- vous tout ce qu'il vous faut?

— Ma foi, oui, et tout neuf encore, il ne se plaindra pas. J'ai des cordes qui n'ont jamais servi, ainsi que le voile et la chemise. »

Le condamné Belière était un homme de trentetrois ans, grand, vigoureux, qui avait tué son père et avec une effrovable cruauté.

« — Le couteau enfoncé dans le corps de mon père, avait-il dit tranquillement à la cour d'assises , me faisait l'effet d'une lame pénétrant dans une motte de beurre. »

La cour d'assises de l'Aisne l'avait condamné à la peine de mort le 10 décembre 1869.

L'échafaud fut dressé pendant la nuit sur la place du marché aux chevaux. Celte lugubre opération se fit par un froid vif et piquant, au milieu de la neige. A quatre heures du matin, l'échafaud élevait dans les airs ses deux grands bras rouges. Personne, pas un curieux n'était venu sur la place. A six heures seulement, la foule arriva, la neige ne tombait plus et le froid était moins vif.

Sept heures sonnèrent aux horloges de la ville. Le

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