‹ Le monde des prisonsChapitre 74 sur 171 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

directeur de la prison entra dans la cellule du condamné.

Belière ne dormait pas; il comprit que sa dernière heure était venue et murmura :

« — Ma mère ! ma pauvre mère ! »

Belière refusa de voir l'aumônier de la prison. Il demanda M. Garpentier, aumônier du collège, qu'il écouta avec recueillement.

A six heures et demie, on procéda à la toilette. Belière se débattit et Roch, jusque-là froid, impassible, sut trouver des paroles de consolation pour calmer la crainte terrible qui envahissait l'âme du patient.

« — Allons, mon ami, lui disait-il, du courage, laissez-nous faire, nous vous donnerons tout le temps que vous voudrez. »

Belière fixa l'exécuteur, et deux larmes lui tombèrent des yeux.

Pour un parricide, la toilette est toute particulière. Après la cérémonie d'usage, on revêtit Belière d'une longue chemise blanche, assez semblable aux peignoirs de bain, puis on lui jeta sur la tête un voile noir ; le condamné était pieds nus .

Arrivé devant l'échafaud, il écouta la sentence lue par un huissier de la ville, puis monta sur la plateforme, soutenu parles aides de l'exécuteur.

Une minute plus tard le couperet avait accompli sa terrible mission.

Pendant que la foule se retirait visiblement impressionnée, Heidenrech vint me chercher dans un coin du poste voisin où je m'étais blotti tout frissonnant.

« — Votre mission n'est pas finie, me dit-il avec

îe sourire aux lèvres, venez avec moi sous l'échafaud pour voir la position qu'occupe le corps du supplicié en tombant par la trappe. »

Je suivis en silence M. de Paris et j'arrivai ainsi sous l'effroyable machine.

« — Prenez garde, me dit-il, ne vous approchez pas trop du centre, le sang du casse-cou pourrait rejaillir sur vous. »

Je me reculai avec effroi, mais en même temps un tableau hideux s'offrit à mes regards.

Le corps du supplicié, lancé de la planche à bascule vers la trappe, n'était pas entièrement tombé dans le panier, le tronc seul y reposait, tandis que les jambes se trouvaient en l'air, en dehors. Roch était déjà en train de déligaturer le cadavre. Heidenrech, peu satisfait de cette opération, en fit la remarque à son confrère.

« — Peste! comme vous y allez, vous, répondit Roch; plus souvent que je vais lui laisser les cordes. Elles sont toutes neuves et me serviront pour d'autres.»

Les aides allongèrent le corps dans la bière d'osier et le transportèrent sur la charrette qui prit aussitôt le chemin du cimetière.

Le funèbre cortège avait déjà franchi la place, lorsque Roch s'aperçut que la tète de Belière était restée dans la cuvette; un aide revint vers l'échafaud et reparut bientôt portant à la main la tète sanglante qu'il déposa près du corps.

Le 48 janvier 4870, à minuit, deux journalistes, MM. Albert Wolf et Victorien Sardou, sur l'invitation de M.Piétri, préfet de police* et M. Claude, chef de la

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