‹ Le monde des prisonsChapitre 78 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

le laissait guillotiner, « lui, bien moins coupable que beaucoup d'autres qui avaient échappé ».

L'abbé Colomb s'approcha de lui et l'exhorta à la résignation :

« — Ohl n'ayez pas peur, dit-il, je ne faiblis pas. Mais, c'est raide, quand on n'est pas l'auteur... Enfin, ça m'est égal, si l'autre y passe comme moi! »

Il accepta un verre de cognac. L'abbé Colomb ne le quitta pas. Mais Rivière ne semblait pas l'écouter. Tout entier à la colère que lui causait sa désillusion, il grommelait :

« — M. Grévy n'est vraiment pas clément .. Oh! non... Ah! le salaud de Frey! Ah! si je le tenais!»

Et il crispait de colère ses deux poings attachés derrière son dos.

« — Calmez-vous, mon ami, songez à Dieu, disait le prêtre.

« — Non, je ne crois plus à Dieu. Je ne crois plus à rien... Laissez-moi tranquille... C'est trop fort!... Si c'était moi l'auteur, encore! Mais m'exécuter, moi qui ne suis que complice ! »

Pendant ce temps, on était ailé dans la cellule de Prey. Brusquement éveillé, il eut un papillotement des yeux à la vue de tout ce monde. Un instant, il parut étourdi.

« — Je suis debout! dit-il en rejetant vivement sa couverture pour s'habiller.

« — Du courage, mon pauvre enfant! lui dit l'abbé Faure.

« — Oh! cane fait rien du tout... Ah! là là!... Que quVest qu ça?... Eh bien! ça y est et vlà tout!... »

L'aumônier s'approcha et voulut l'embrasser, mais Frey le repoussa brutalement :

« — Ah! vous savez, vous, l'aumônier, f... tez-moi la paix avec vot' bon Dieu!

Frey n'a plus qu'une pensée. 11 tient à « ne pas flancher».

Il regarde en ricanant nerveusement les cordes avec lesquelles l'aide de l'exécuteur l'attache. Il compte les tours, et quand c'est terminé :

« — Il n'y en a plus? demande-t-il d'un ton moqueur.

Il se lève, secoue «es jambes entravées et s'écrie avec ironie :

« — Ça va êtfe bien commode de marcher avec ça! Ah! il n'y aura pas besoin de me tenir, je pourrai bien mareher à la guillotine tout seul ! >

Les gendarmes ont le sabre au clair, tous les regard* sont fixés vers la grande porte. Six heures sonnent, la porte s'ouvre à deux battants.

Rivière marche d'un pas ferme, s'avance jusqu'auprès de la guillotine, et au moment où M. Deibler va le prendre, il se redresse, son œil étincelle d'un éclair de fureur, un sourire haineux crispe sa bouche et, se tournant vers le côté de la rue Servan, où, en sa qualité de voyou parisien, il sait bien qu'est la plus grande foule :

« — Allez, vous pouvez dire au père Grévy que c'est unjassassin ! » hurle-t-il de toute la force de ses poumons.

Frey apparaît à ce moment. Il a entendu le cri de Rivière. Lui aussi veut faire le crâne. Il bouscule l'aumônier qui essaye d'adoucir ses derniers moments.

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