PREMIÈRE PARTIE
ser la tête coupée par le tranchant de la hache, puis vers neuf heures et demie du soir, il joua sur son piano un hymne à la Vierge de sa composition; il était vêtu de flanelle blanche ; il monta les degrés de son petit échafaud, se coucha sur le dos, les yeux en l'air, de façon à voir tomber le couperet.
Pour mieux voir, il avait placé une lumière sur un meuble voisin. Il détacha la corde qui tenait la hache suspendue : la hache descendit, et d'un seul coup lui trancha la tête... La tête, sans bondir, s'éloigna fort peu du cou, et resta dans une position régulière sur le coussin.
Quand on entra dans sa chambre le lendemain matin, on trouva sur sa table un testament, par lequel il léguait plusieurs billets de mille francs aux gens de l'hôtel.
Je ne désespère pas qu'un philanthrope propose d'enguirlander la guillotine et de faire jouer l'hymne national par la garde républicaine pour diminuer l'horreur des derniers moments du condamné.
L'échafaud sans phrase, si l'échafaud doit rester, ou pas d'échafaud. Mais Téchafaud-piédestal, l'échafaud avec ses acolytes, ses thuriféraires, ses joueurs de guitare; l'échafaud avec son pontife est un legs que la société moderne doit refuser; ce n'est plus une peine, c'est une récompense; ce n'est plus un instrument de honte, c'est un monument élevé au crime et à l'infamie.
Des magistrats m'assurent que ce que je propose est impraticable. Cette « guillotine silencieuse » est, parait-il, un danger, parce qu'on ne saura jamais si
elle a fonctionné. Tant mieux, parce qu'alors la peine de mort a vécu.
S'il est vrai que pour faire disparaître un « escarpe », il faille f entourer d'autant d'honneurs qu'on en décerne au chef de l'État, mettre sur pied des escouades d'agents, de soldats, d'officiers, de magistrats, le bon sens public fera de lui-même explosion, et la guillotine ira rejoindre la torture, le pilori, le carcan, la marque, ces supplices disparus pour toujours, et dont l'abolition n'a pas mis la société en péril.