PREMIERE PARTIE
pourront comprendre des ateliers, chantiers et exploitations où seront placés les relégués pour une période d'épreuves et d'instruction. — Les relégués y seront formés, soit à la culture, soit à l'exercice d'un métier ou d'une profession, en vue des engagements de travail ou de service à contracter et des concessions de terre à obtenir selon leurs aptitudes et leur conduite.
Art. 32. — Les relégués qui n'ont pas été admis à la relégation individuelle, soit avant leur départ de France, soit pendant leur séjour dans les dépôts de préparation, sont envoyés dans des établissements de travail. — Ces établissements peuvent consister en ateliers, chantiers de travaux publics, exploitations forestières, agricoles ou minières. Les relégués sont répartis entre ces établissements d'après leurs aptitudes, leurs connaissances, leur âge et leur état de santé. L'administration peut toujours les admettre, sur leur demande, à revenir dans les dépôts de préparation pour une nouvelle période d'épreuve et d'instruction. »
Deux sentiments ont inspiré cette loi et ce règlement : un sentiment de protection envers la société, et un sentiment d'humanité envers les coquins. En condamnant à l'exil perpétuel les voleurs de profession, le gouvernement a voulu nous rassurer. Us partent. Ils ne reviendront pas. C'est certainement un soulagement de penser que notre vie et notre fortune seront en sûreté, sans qu'il y ait effusion de sang. Aussi m'en coûte-t-il de jeter une noie discordante dans ce concours d'éloges que re-
cueille le gouvernement pour cet acte de fermeté et de modération. Malheureusement, je suis si convaincu que cette loi sur la relégation ne donnera pas les bénéfices qu'on en attend, qu'il m'est difficile de me
taire.
Dans une circulaire restée fameuse, je ne sais plus quel haut fonctionnaire des Beaux-Arts avait retracé l'idéal mâle et fier que devaient poursuivre les auteurs, les directeurs, les acteurs, les chanteurs, les décorateurs, jusqu'aux concierges des théâtres.
« — A partir d'aujourd'hui, pensait-il, une ère nouvelle commence pour l'art dramatique en France. »
Malheureusement, ce fonctionnaire n'a jamais trouvé une minute pour s'assurer par lui-même de l'effet de ses prescriptions.
Il avait tant de besogne ! Des groupes sympathiques à organiser, le Salon à réorganiser, des tableaux à commander pour nos musées nationaux. Que sais-je encore ?
Ce n'est pas qu'il perdit son noble but de vue. Non. De temps en temps il faisait venir son secrétaire.
« — Eh bien ! lui demandait-il, comment vont les théâtres?
« — A merveille, Monsieur. L'Opéra a encore fait près de 20,000 francs hier soir.
« — Il ne s'agit pas de cela. Les recettes ! je m'en moque bien. C'était bon du temps des ministres dégénérés. Mais avec un ministre régénérateur !... non... parlez-moi de l'idéal !...
« — Mâle et fier, Monsieur, toujours mâle et fier.
« — A la bonne heure 1 »