PREMIÈRE PARTIE
partie du fond de la salle : que signifient ces provocations ? Que veux-tu enfin?
« — Je suis un forçat comme toi, répond l'homme au falot. Je suis venu pour vous imposer silence, et je souquerai * le premier qui bougera. »
« A peine a-t-il prononcé ces dernières paroles qu'un condamné, venant du côté d'où l'interpellation est partie, se précipite sur l'insulteur et le renverse d'un coup de tête formidable. Celui-ci se relève d'un bond et tombe sur son agresseur, qui lui rend coup pour coup avec une vigueur qui déconcerte un instant notre insulteur. Celui-ci reprend aussitôt l'offensive en se ruant sur son adversaire, qui pousse un cri de douleur.
« — Ah ! le brigand ! il me mord... Lâche-moi ! canaille I ou je te tue !.». » Mais l'autre ne lâche pas.
« — Au secours, continue le premier... Mes amis, secourez-moi, il boit mon sang !... »
« En se débattant, les deux champions renversent la lanterne qui s'éteint. On n'entend plus qu'une sorte de râlement entremêlé de chocs, de heurts, de jurements, puis ces paroles :
« — Lâche! assassin 1... »
« Le râlement cesse.
« Silence complet.
« — Ha son compte, dit tout à coup un des deux champions en se relevant, à un autre maintenant.
« La lanterne est rallumée et éclaire la scène. Au milieu de la salle, l'homme au chapeau de paille,
1 Souquer, tuer.
couvert de sang ; à ses pieds son adversaire, qui parait inerte. Les témoins de la lutte, pâles de frayeur, forment le cercle autour de ces deux hommes, qui se sont égorgés sans savoir pourquoi.
« A cet instant, une voix appelle du dehors :
« — Martin ! Martin !
« — Voilà ! dit l'homme au chapeau de paille, et il s'élance au dehors.
« On s'informe alors de l'homme qui gtt à terre.
« — Qui est-ce ?
« On le secoue, il ne répond pas, il ne fait aucun mouvement.
« Des appels faits au dehors restent sans résultat.
« On laisse là le malheureux sans secours. Il pouvait respirer encore. Nous passons la nuit en compagnie de ce cadavre. •
« Le lendemain matin, des surveillants se pressent à la porte et nous invitent à sortir.
« On fait l'appel.
« Un nommé D... ne répond pas.
« — Où est-il ? dit le surveillant.
« — Mort, répondent plusieurs voix, et on raconte ce qui s'est passé. En relevant D... on remarque qu'il a la tête presque détachée du tronc et que plusieurs coups lui ont été portés à la poitrine avec un instrument pointu.
« Enquête.
« Résultat : « Les condamnés, dit le rapport, se sont mutinés cette nuit et ont tué un de leurs camarades. »
« L'assassinat commis par l'homme au chapeau de paille a été considéré comme un mensonge I... Ne