PREMIÈRE PARTIE
vrance, quelle délivrance grand Dieu ! — et de vous demander de vouloir bien combiner avec mon frère, qui doit vous voir à ce sujet, la démarche qu'il conviendrait de faire en ma faveur pour me faire obtenir la remise de la résidence ; c'est pour moi une question de vie ou de mort.
«.... Me voici libéré. Cette libération ne s'est pas effectuée sans tracasseries. Ma peine expirant le 30 mars, j'aurais dû être rapatrié ce jour-là môme au chef-lieu, à Nouméa. C'était trop équitable pour que cela ait lieu. On m'a laissé à l'île des Pins jusqu'au 7 mai, perdant un temps précieux et dépensant pour vivre mes modiques économies qui m'étaient si indispensables pour m'habiller en homme après m'être débarrassé de ma livrée de transporté !
« Cela est d'autant plus regrettable que j'avais fait parvenir à M. le directeur de l'administration pénitentiaire une protestation énergique et que ce fonctionnaire, pressé par l'évidence, avait donné l'ordre de donner immédiatement suite à la demande que j'avais laite d'être rapproché de Nouméa, afin de pouvoir chercher un emploi pour le jour de ma libération. Mais cette solution favorable ayant déplu au personnel subalterne, l'ordre de M. le directeur n'a pas été communiqué à M. le commandant de l'île des Pins, où je suis resté jusqu'au 7 mai, sans avoir pu, faute de communications avec le chef-lieu, faire la moindre démarche pour être casé en temps utile. Je n'ai connu cette coquinerie qu'en arrivant à Nouméa. Dès mon arrivée, les ennemis que j'ai à la direction
pénitentiaire n'ont pas manqué de me faire diriger sur la presqu'île Ducos, ce que je redoutais pardessus tout.
« Mais je me suis tant démené que je suis parvenu à quitter ce coupe-gorge vingt-quatre heures après.
« Armé du certificat du commandant de File des Pins, je me suis présenté chez plusieurs négociants, qui, faute de place vacante, m'ont ajourné à plus tard, tout en m' affirmant qu'ils me prendraient volontiers à la première vacance, en raison de mon excellent certificat. Ne trouvant pas à me placer comme employé de commerce et n'apercevant rien de mieux, je me décidai à affronter le travail manuel et je me présentai d'abord chez un maître-maçon, qui m'a ri au nez après avoir regardé mes mains qu'il trouva trop blanches.
« A quelques pas de chez lui se balançait un énorme écriteau de peintre en bâtiments.
« — Voyez M. Bourmigal, me dit le maçon en me montrant l'écriteau, peut-être pourra-t-ilvous occuper plus utilement que moi, son travail étant moins pénible que le mien, lequel n'est réellement pas dans vos aptitudes.
« M. Bourmigal était ivre.
« Je dus subir d'abord une longue et diffuse dissertation sur la mort de Gambetta et ses conséquences probables pour la République française. J'opinais du bonnet, modestement, comme il convient à un solliciteur, à mesure que M. Bourmigal développait ses inepties. Gela donna sans doute à cet honnête industriel une haute idée de mes capacités politiques, car *1 me tendit la main, donna ordre à un ouvrier qui